Confession d’une donneuse d’organe

Offrir une deuxième fois la vie à ma fille…

Depuis la naissance de notre fille, nous savions que nous serions confrontés à des défis médicaux pour l’accompagner. Dès ses premières heures de vie, nous avons vécu des montagnes russes émotives en tant que parents qui doivent s’occuper d’un enfant avec une condition médicale. Les premières années, Maëlie a été hospitalisé plusieurs fois… Parfois pour ses intestins, parfois pour son rein… Les rendez-vous médicaux sont devenus notre quotidien. On apprend, on découvre, on s’adapte…

Il y a quelques années, lorsque nous avions entrepris d’organiser notre voyage d’un an en famille, les médecins nous on rappelé la possibilité que Maëlie nécessite une greffe de rein un jour… Possiblement à son adolescence puisque c’est une période de croissance qui risque de rendre le rein incapable de suivre l’augmentation des besoins de filtration. C’est à cette période qu`a débuté les premières réflexions sur le don de rein. Les médecins étaient très formels sur la priorité d’offrir un rein d’un donneur vivant à notre fille. C’est la solution la plus efficace avec des possibilités de compatibilité et de longévité plus grandes considérant qu’elle aura besoin de plusieurs greffes dans sa vie.

La première émotion comme parent, c’est évidemment qu’il n’y aura pas de problème puisque nous pourrons lui offrir notre rein… Ensuite, vient la réelle réflexion où on se met à penser concrètement au geste. La peur, l’inquiétude, le malaise prend le dessus. On doute de notre capacité à poser ce geste trop impliquant. On s’isole, on vit la honte et on n’ose pas admettre à personne nos questionnements et nos appréhensions. On se met même à espérer que notre conjoint sera un meilleur candidat pour ne pas avoir à faire face à cette horrible décision… Un soir pourtant, j’ai fait confiance à Martin pour lui partager en pleure ma honte et ma détresse de mère de me sentir incapable de donner mon rein à notre fille. J’espérais qu’il me rassure en me disant qu’il allait lui donner le sien… Il m’a seulement rassuré en me partageant qu’il avait aussi peur que moi. Nous avons pleuré ensemble. Nous avons été plus fort ensemble. J’ai ensuite senti que je laisserais le temps faire avancer les choses et me donner la force au bon moment.

Quelques années ont passées… Puis, il y a un an, nous avons compris qu’on entrait dans le long processus de la greffe de rein. D’abord en résistance, je suis contrarié par le moment. Mon frère et sa conjointe viennent d’avoir leur bébé et nous planifions de passer l’été ensemble dans l’ouest. Je cherche à négocier d’attendre à la fin de l’été… De toute évidence, la discussion avec un rein malade n’est pas envisageable. Alors je tente l’inverse, greffons le plus vite possible pour pouvoir les rejoindre dans l’Ouest pendant la convalescence… Impossible, le processus médical est long, précis, méticuleux et mon horaire est surement pas dans les considérations médicales. Je dois lâcher prise sur mon organisation, ma maximisation du temps et sur le contrôle que je peux avoir pendant ce long processus. Ce n’est plus moi la boss… Première réalité à accepter!

La première étape est évidemment de trouver un donneur en santé et compatible. La néphrologue que suit Maëlie depuis sa naissance, semble prioriser un gros rein d’homme pour favoriser une meilleure filtration. Martin est donc le candidat parfait (soulagement intérieur pour moi…). Malheureusement, il ne passe même pas la première entrevue générale puisqu’il a déjà eu 3 pierres au rein. Sa candidature est donc immédiatement rejetée. Il tente lui aussi de négocier et de souligner que sa dernière pierre remonte à plusieurs années mais le verdict reste le même. Ensuite, on envisage la candidature de mon frère qui s’était offert depuis longtemps pour donner son rein à sa nièce. On commence le processus brièvement mais je me sens vraiment inconfortable. Il est un nouveau papa. Il ne pourra pas soulever plus de 10 livres pendant 10 semaines après l’opération. Son congé dans l’ouest devra être annulé pour l’été et il ne sera même pas en mesure de prendre sa fille. Je demande donc au médecin dans quelle mesure on peut envisager un rein de femme (le mien), sans nuire à la qualité de vie de ma fille. Elle m’envoie donc débuter les tests de sélection à l’hôpital Notre-Dame vers le mois de février.

Malgré que le processus se passe sur plusieurs mois, tout semble débouler rapidement. Je suis de plus en plus souvent à Sainte-Justine avec Maëlie pour évaluer sa fonction rénale de très près et ajuster les nombreuses médications, les injections, l’alimentation et les tests pré greffe pour elle. De mon côté, je suis inspectée de très près. Je dois avoir une condition médicale parfaite pour que les médecins acceptent d’envisager de prendre mon rein. Je passe des journées de tests physiques, psychologiques et sociaux. On m’explique la chirurgie, les conséquences et les étapes à venir… Maintenant, j’espère avoir la confirmation que je pourrai devenir la donneuse. Je suis sa mère et c’est à moi de lui offrir une deuxième fois la vie malgré les doutes et les inquiétudes du début. C’est très long et trop rapide en même temps. Je continue de m’occuper des enfants à la maison, les devoirs, les projets. Je termine ma fin de session à l’université qui est toujours une période surchargée et intense. De plus, je dois conclure ma fin d’année scolaire (rapport, bilan… ) que je produis les soirs et la fin de semaine pour être professionnelle à mon travail et ne pas pénaliser les jeunes et les enseignants que j’accompagne.

Dans ce tourbillon, les médecins de Sainte-Justine acceptent que nous partions une semaine de relâche en famille, avec Maëlie, en Martinique pour prendre du repos avant la grande épreuve (sa condition médicale est suffisamment stable). Lors de notre retour, c’est l’hôpital Notre-Dame qui est sous le choc… Nous avons voyagé dans un pays où le Zica est présent. Aucune recherche ne peut prouver les conséquences sur la greffe de rein. Les médecins n’osent pas se prononcer. En fait, si dans le mois suivant, je n’ai aucun symptôme, tout devrait être correct. Dans la mesure où je n’ai pas de relation sexuelle avec un partenaire qui aurait visité un pays où le Zica est actif (Comme mon conjoint…)! En pensant s’offrir du repos, on s’est offert plus de stress…

Une dernière rencontre est prévue à Notre-Dame pour confirmer que tout est parfait pour procéder à la greffe… Je suis assurément contente et soulagée mais… une boule d’angoisse vient aussi se loger dans mon corps. Ma plus grande crainte à ce moment c’est que je ne pourrai donc pas être auprès de ma fille dans la plus grande épreuve de sa vie. Depuis sa naissance, je suis celle qui est toujours à ses côtés à chaque opération. Je suis présente autant pour elle que pour moi. J’ai besoin d’être rassurée en personne même si j’ai une confiance absolue que Martin sera plus qu’à la hauteur pour notre fille. En même temps, je suis angoissée d’affronter cette grande épreuve seule. Comme Martin sera avec Maëlie, je devrai me passer de sa présence réconfortante et rassurante. C’est une double épreuve pour moi que j’aurai à vivre sans mon amoureux. Quelle aberration de séparer le donneur de son receveur… Surtout quand c’est la mère et sa fille… Quel angoisse pour le père de s’inquiéter des deux femmes de sa vie dans deux hôpitaux différents.

J’ai peu de temps pour m’attarder à mes émotions puisqu’à Sainte-Justine on nous confirme que l’opération aura lieu le mardi 7 juin… OK… PARFAIT… On sera présent…!

Dans ce dernier sprint final. Je veux tout planifier, organiser et préparer pour que tout puisse bien se dérouler. Je prépare tous les repas et les horaires des enfants pour faciliter la tâche de ma mère qui viendra s’occuper d’eux pendant mon hospitalisation. Je prépare de grande quantité de nourriture pour notre retour de l’hôpital puisque je risque d’être trop faible pour cuisiner et Maëlie aura une alimentation très sévère et contrôlée au niveau de l’hygiène et des aliments. Je finalise le travail, le ménage, l’organisation de l’école des enfants et tous les rendez-vous médicaux… Je suis déjà complètement épuisée mais prête et organisée pour la greffe. De toute façon, je pourrai me reposer les semaines suivant la greffe… (c’était dans mes plans à ce moment…!)

C’est la veille du grand jour. Je pars avec Martin pour reconduire Maëlie à Sainte-Justine. C’est un moment irréel et trop intense. On se serre dans nos bras sans avoir besoin de prononcer une parole. Elle est forte et courageuse car elle a l’habitude. Elle est dans sa deuxième maison à l’hôpital. Martin est présent et je lui offre ma confiance et mon amour. Elle a surement aussi peur que moi mais on ne peut pas la partager car on doit être solide l’une pour l’autre. On ne peut pas s’effondrer. On doit avancer…

Ma mère vient me chercher pour me reconduire à l’hôpital Notre-Dame. Je suis contente et j’apprécie sa présence pendant le trajet. Je refuse qu’elle m’accompagne à l’intérieur. Je dois rester forte et je sens la fébrilité de ma mère. Je ne saurai pas capable de m’occuper de ses émotions. Toute mon attention doit être concentrée sur moi-même.

Je marche seule dans les couloirs, je remplis les papiers, les questionnaires, les protocoles. Je suis devenue un numéro qui va donner un rein. Les gens sont gentils et font bien leur travail mais tout le monde est débordé. On est loin de la chaleur et de l’intimité de Sainte-Justine. Je passe l’après-midi, la soirée et la nuit dans ma chambre auprès d’une vieille dame qui est accompagnée par son fils dans ses dernières heures à vivre. Je suis réveillée plusieurs fois par les spécialistes qui passent et partagent leur sombre verdict au fils… Je dors peu. On doit sortir mon lit en pleine nuit pour pouvoir sortir le lit de la dame en urgence. Après plusieurs coups de mon lit sur les murs, je retourne dans ma chambre pour un bref moment de silence… Le temps que mon réveil m’informe que c’est bientôt mon tour pour passer à la table d’opération.

Mon amie Annie avait accepté de passer la journée à l’hôpital pour veiller sur moi. Je suis rassurée en la voyant pénétrer dans ma chambre. Je ne suis plus un numéro. Elle patiente avec moi dans le corridor en haut. Je n’ai aucune idée de ce que nous disons mais ça occupe mon cerveau pour éviter la panique.

On vient me chercher pour descendre au bloc opératoire… Annie doit commencer son attente. Moi je dois commencer à être forte. On me place dans un espace d’attente parmi une douzaine d’autres patients, en attente d’opération. Je suis entourée uniquement de personnes âgées et malades. Certains vomissent, d’autres crachent, crient, délirent. Je me sens débarquée sur une planète inconnue avec aucune connexion avec personne. Chacun vit son drame dans son coin. Je tente de socialiser avec le personnel pour détendre l’atmosphère. Ils sont débordés. Les machines sonnent et irritent les patients qui deviennent impatients. Ce que je peux faire de mieux pour aider c’est me taire, observer et exprimer aucun besoin… Même si je suis complètement déboussolée. Plusieurs employés viennent vérifier mon nom et la raison de mon opération. Je suis Jolène Gauthier, donneuse de mon rein gauche pour ma fille à Sainte-Justine. Je précise pour être certaine qu’il le donne à la bonne personne… Pourquoi le préposé, l’infirmière, l’anesthésiste, le médecin, le stagiaire viennent tous vérifier les mêmes informations et mon bracelet? Ce n’est pas écrit dans mon dossier? Je pense à faire une blague pour vérifier s’ils savaient vraiment en changeant mon nom ou m’inventant une nouvelle opération… Je change d’idée, je ne pense pas qu’ils riraient.

Tout à coup, c’est mon tour… On m’approche de la salle. Je suis à nouveau seule dans un autre corridor… En attente… J’écoute pour me distraire une conversation entre une infirmière d’expérience et sa stagiaire. Elle semble expliquer une machine complexe qui traine dans le corridor. Elle lui explique le fonctionnement des trois modes de sécurité pour ne pas que la glacière spéciale manque de piles. C’est important d’actionner les trois boutons de sécurité lors du transport des organes… OH!!! C’est ma machine pour mon rein… C’est moi la madame dans le corridor qui donne son rein qui va aller dedans. Est-ce possible de demander à l’étudiant d’arrêter de bailler et de se concentrer sur les bons pitons??? Je suis le numéro derrière vous. Je me tais pour ne pas nuire à leur concentration. Moi j’écoute bien les instructions même si je ne serai surement pas utile lors de la mise en fonction… On repasse aussi encore me poser les même questions que dans l’autre salle. D’autres préposés, d’autres infirmières… Tout le monde est gentil avec le numéro Madame donne son rein.

Finalement, on me rentre dans une nouvelle salle… Eh oui! Encore les même questions. C’est à croire que j’aurai dû écrire dans mon front : Jolène Gauthier, donneuse de rein gauche. Un homme me frotte le bras pendant que j’ai une grosse lumière au dessus de la tête. Je tente une conversation avec lui puisqu’il est le seul dans la dernière heure qui s’attarde sur moi plus que quelques secondes. Je lui demande où et quand va se faire l’opération? J’ai seulement le temps de voir un sourire sur ses lèvres et je ne suis plus de ce monde…

Combien de temps s’est écoulé avant de mettre mon rein dans la petite boîte? Est-ce que les trois pitons ont été actionnés pour ma glacière? Est-ce que mon chirurgien est parti en bicyclette vers Saint-Justine pour compléter l’intervention sur ma fille?

Je me réveille donc dans une salle de réveil que je ne serai jamais en mesure de décrire puisque, couchée sur le dos à gérer mes douleurs intenses, je n’ai pas accordé d’énergie à l’observer. Dans cette salle, contrairement à la première où je semblais la seule en bonne santé, maintenant, je semble la seule à me plaindre et souffrir. J’exaspère mon infirmière qui ne semble plus savoir quoi me répondre lorsque je lui demande si c’est normal d’avoir autant de douleur. Elle me répond à la limite de la condescendance que je viens de subir une intervention chirurgicale. Merci pour la précision, j’avais oublié… Je tente alors une nouvelle approche (je fais de la psyho même dans les situations irréelles), je lui demande combien nous sommes dans la salle? Elle semble heureuse d’être en mesure de répondre à une simple question et s’empresse de m’informer que nous sommes une douzaine. Je reviens donc en force en lui demandant pourquoi je n’entends personnes gémir. Elle me répond fièrement que tous les autres se reposent calmement… Sous entendant que je devrais faire la même chose… Je lui réponds que ça serait mon plus grand souhait de me reposer mais en ce moment, toute mon énergie est concentrée à ne pas devenir folle à cause de l’intensité de la douleur. J’ai aussi mal au cœur et quand je ferme les yeux, il y a trop d’images dans ma tête à gérer. Je lui supplie de me trouver une solution. Elle m’offre alors un piton avec lequel je peux m’injecter un anti douleur (morphine) aux 5 minutes. Pas de danger de surdose car c’est contrôlé.

Je perds complètement la notion du temps… Je focus uniquement sur appuyer sur le bouton qui de toute évidence ne change pas grand-chose à ma situation. On finit par me ramener à ma chambre. J’imagine qu’on me juge stable. J’ai hâte d’expliquer comment je me sens à Annie pour qu’elle s’occupe de me trouver une solution. En arrivant dans ma chambre, mon amie n’est pas présente. Elle n’avait pas l’autorisation de m’attendre dans ma chambre. On me demande si on peut m’aider. Je leur demande d’appeler mon conjoint pour qu’il appelle Annie pour qu’elle revienne au plus vite. Ça semble confus comme solution mais c’était la seule que mon cerveau voyait. Lorsqu’Annie arrive, je suis sur le bord de la panique. Je suis tellement et complètement défaite. Je sens qu’elle veut me donner des nouvelles de Maëlie mais je panique. Je vais être incapable d’entendre ou de penser à ma fille. Je vais juste m’effondrer. C’est trop, tout est trop douloureux, pénible, dur… Je lui supplie de ne rien dire sur ma fille, je suis incapable présentement d’être une mère. Martin va gérer. Elle ne respecte pas mon ordre car elle souhaite m’apaiser en me disant que tout a bien été… Je suis reconnaissante.

Je tente de lui expliquer ma détresse. Je n’ai pas les mots mais j’imagine qu’elle l’observe. Elle m’invite à appuyer sur mon bouton à toutes les 5 minutes pour que je puisse me reposer entre les doses et ne pas avoir peur d’en oublier une. Elle m’installe de la musique douce de piano dans mes oreilles. J’imagine que ça m’aide à ne pas devenir folle. Sa présence aussi m’apaise. Je ne sais pas ce qui est plus difficile : Gérer la douleur aiguë, gérer la nausée ou gérer les effets de la morphine dans mon cerveau qui semble perdre le contrôle chaque fois que je ferme les yeux?

Pendant ce temps, je réalise que j’ai eu un nouveau compagnon dans ma chambre. L’homme a une trachéotomie et passe tout son temps à tousser et cracher. Il n’a pas l’air bien du tout. Il loge du côté de la fenêtre alors on ferme mes rideaux pour lui assurer son intimité. Je suis donc de l’autre côté dans mon petit trou sombre.

Je ne sais pas à quelle vitesse passe le temps mais Annie m’informe qu’elle va aller se chercher quelque chose pour souper. Pendant sa brève absence, je réalise que je suis incapable d’être seule. La panique s’installe rapidement à l’intérieur et j’ai peur… Je me sens horriblement seule. Au retour d’Annie, je l’informe qu’il faut me trouver quelqu’un pour la nuit. C’est la première fois de ma vie que je me sens si dépendante et que je dois quêter un service à quelqu’un. Annie doit retourner chez elle car c’est la folie à son travail. Je lui demande donc d’appeler Julie, mon amie du secondaire qui s’était proposée de m’aider au besoin. Julie accepte instantanément de venir passer la nuit sur une petite chaise à mes côtés. La nuit est à l’image de la journée : douleur, nausée, panique. La présence de mon amie est indispensable.

Le lendemain, le mercredi, la journée est aussi difficile et intense. Je fais dire à Martin de s’assurer que personne ne vienne me voir à l’hôpital. Juste moi-même c’est déjà suffisant. Julie est ma bouée de sauvetage dans mon naufrage de cette journée. J’étais rendue incapable de gérer la situation et souhaitais désespérément des solutions. Elle a rapidement compris le besoin et s’est impliquée avec les infirmiers et les médecins pour exprimer l’urgence de la situation pendant que je mettais mes énergies à ne pas devenir folle. Vers la fin de la journée, mon néphrologue a pris en charge la situation pour finalement débrancher tous mes antidouleurs intraveineux. Pour lui, j’arriverais à mieux gérer ma douleur physique même si elle était plus intense si je retrouvais le contrôle de mon cerveau en arrêtant la morphine. Sa solution n’était pas idéale mais il n’y avait rien de mieux à tenter. Julie est repartie se reposer pendant que mon ex voisine, Christine est venue prendre le relais pour la soirée. Malgré mon drame dans ma tête et ma douleur dans mon corps, sa présence me changeait les idées et m’empêchait de trop penser. Sa présence était apaisante.

Pour la nuit, Martin m’a m’informé qu’il allait se reposer à la maison pour reprendre des forces car Maëlie était entre très bonne main au soin intensif. NON…! Tu reprendras des forces plus tard car moi je ne suis pas entre bonne main cette nuit et je souhaite désespérément ta présence réconfortante. Sur sa petite chaise raide, il a veillé sur moi. Il a dû quitter tôt le lendemain matin pour aller au chevet de notre fille qui allait passablement bien dans les circonstances.

Le jeudi, Julie revient passer la journée avec moi. C’est encore intense et douloureux. J’ai quelques visites qui m’aident à me changer les idées : ma mère, ma tante, ma cousine, mon cousin… J’ai peu de souvenirs concrets mais je suis reconnaissante de leur soutien et de leur présence. Annie revient passer la soirée avec moi et je dois affronter ma première nuit seule. Pendant tout ce temps, je communique beaucoup avec ma fille. On se transmet du courage et on partage les étapes. J’admire son courage. Je tente d’être à la hauteur. Comme je suis la plus impliquée dans sa condition médicale, on me tient informé. Ce soir, c’est sa première irrigation depuis l’opération. Je suis extrêmement empathique et inquiète. Elle devra rester une heure sur la toilette. La situation dérape, c’est douloureux pour elle et ne fonctionne pas. Pendant que Martin cherche des solutions avec les infirmières et les médecins, je m’occupe de Maëlie par téléphone. Elle souffre. Je tente de la rassurer et de lui changer les idées… Je gère la situation jusqu’à minuit passé. Je dois abandonner ma fille. Je suis complètement à terre moi aussi. Il faut être vraiment faible pour raccrocher le téléphone sans savoir que ma fille va bien. Heureusement, je sais que Martin va bien s’en occuper… Pendant que moi, je vais aussi me préoccuper de mon voisin de chambre. Il est en très mauvais état physique et moral. Lorsqu’il appelle l’infirmière la nuit, il n’arrive pas à dire son besoin à cause de sa trachéo alors je me réveille pour m’assurer qu’il reçoive de l’aide.

Vendredi matin, je suis évidemment épuisée. J’appelle mon frère à Rimouski pour lui donner des nouvelles. Au son de ma voix, il comprend que je suis au bout du rouleau et que je n’ai plus personne à quêter pour s’occuper de moi. Je ne sais pas comment je peux sortir de l’hôpital pour aller m’occuper de 3 autres enfants à la maison. C’est mission impossible dans ma tête. Sans prendre le temps de réfléchir, il m’informe que Rimouski est seulement à 6 heures de route alors il arrive dans 6h15… Je me sens coupable pour sa blonde et son bébé mais je suis profondément reconnaissante de sa décision.

Christine vient me tenir compagnie pour l’avant-midi. Dans l’après-midi, ma boss vient me rendre visite. À ma demande, je regarde avec elle quelques informations pour l’année prochaine. Ça fait du bien de s’occuper le cerveau. Mon frère arrive pour le souper. Je sens un poids qui se libère de mes épaules. La famille c’est tellement précieux… Les amies aussi…!

Mon frère ne stresse pas avec le principe de dormir dans un hôpital. Il a apporté son tapis de sol, son sac de couchage et son oreiller. À notre levé le samedi matin, il m’informe qu’il va me sortir d’ici. Selon lui, c’est impossible d’aller mieux dans ces conditions aussi morbides et déprimantes. Je me sens atrocement faible, la toilette me semble à des km lorsque j’ai envi. J’avale à peine une bouché de mes repas. J’ai encore beaucoup de douleur, de nausée et des idées confuses lorsque je ferme les yeux. Pour lui la décision est prise. Il promet de me ramener s’il n’arrive pas à s’occuper de moi et de mes enfants à la maison. Les médecins confirment mon congé qui était déjà accepté depuis 2 jours. C’est moi qui me sentais incapable de partir.  Dans l’après-midi, mon frère m’installe dans un fauteuil roulant. Chaque poussière sur le plancher me fait souffrir. Je me questionne sur le réalisme de son plan jusqu’à ce que je sente l’air extérieur. WOW! Du jamais vu. La douleur reste présente mais plus acceptable. Je me sens revivre. Mon frère doit rouler doucement. Je reviens à la vie. J’ai même hâte de voir mes enfants. À la maison, mon frère prend tout en charge, le souper, mes enfants et même ma mère à qui il recommande sagement de se reposer pour la fin de semaine car nous aurons sûrement besoin d’elle la semaine prochaine. La douleur est plus persistante que je l’aurais cru mais je me sens rassurée dans ma maison. La fin de semaine se passe bien. Mon frère devient officiellement mon héro. Il s’occupe de bouffe, de divertir mes enfants, de me dorloter.

J’apprends aussi que mes collègues et amies du travail ont rempli mon congélateur de repas qu’ils ont préparé pour moi et ma famille. Mes deux congélateurs et même celui de la roulotte débordent. Quel cadeau précieux. Chaque message, geste, parole, fleur, sourire me soulage et me fait sentir moins seule… Car malgré déjà toute cette intensité, ce n’était que le début de la grande expérience du don de rein.

Lundi, aussi faible que je sois encore, je demande à Martin de venir me chercher pour m’amener à Sainte-Justine pour voir Maëlie. Mon frère repart vers Rimouski. Je prends quelques minutes pour profiter de la présence de mon homme pour me laver. C’est une épreuve d’endurance.

J’arrive enfin pour voir ma fille. En fauteuil roulant, mon cœur débat devant la chambre de ma fille pendant qu’on m’explique tout le protocole avant d’entrer. Gang, masque, jaquette. Son système immunitaire est à zéro. On se regarde par la fenêtre et j’ai l’impression d’arriver à mon premier rendez-vous amoureux. Pas besoin de se parler. Nous avons les mêmes douleurs, les mêmes courbatures, le même épuisement. La montagne est plus grande au niveau médical pour elle pour éviter le rejet. Elle a des tuyaux partout mais elle a le sourire. Mon cœur de mère est rassuré.

Rapidement, je suis happée par le tourbillon de soin à lui prodiguer. Pilules, RX, hydratation, alimentation, pression, température, infirmière, médecin… Il y a constamment quelqu’un dans la chambre. J’arrive difficilement à suivre le rythme. J’ai manqué trop d’information. Je laisse Martin gérer les étapes. Je me sens épuisée. C’est trop pour moi. Je veux repartir à la maison. Je n’ai pas de place confortable pour me reposer, ça exige trop de concentration. Je suis en panique. Je pleure discrètement. Le personnel de Sainte-Justine prend tellement son temps. Ma fille est traitée comme une princesse. Même moi je me sens traitée avec plus d’empathie et on prend le temps de m’écouter. Martin promet de me ramener à la maison après une petite sieste car il se sent faible tout à coup… À son réveil, Martin est vert et il se tort de douleur. Nos regards se croisent et nous savons tous les deux qu’il a une pierre au rein. Je demande un médecin pour soulager ses douleurs mais on m’assure qu’ils ne peuvent absolument rien faire. Martin est en crise de douleur, il vomit… Je dois appeler une ambulance pour venir chercher mon homme dans la chambre d’hôpital de ma fille pendant que je suis vidée.

Quoi dire… J’imagine qu’on doit toujours avoir une réserve d’adrénaline de cachée même quand on pense qu’on est au bout de nos forces. Je gère Martin à distance, je redemande à ma mère de s’occuper des enfants à la maison et je vais m’occuper de Maëlie. Comment? Elle va m’aider. Tout devient difficile mais je n’ai pas le temps de me plaindre. Trop d’informations à apprendre sur les pilules et l’alimentation. L’irrigation est compliquée. Je m’inquiète aussi pour Martin qui est complètement drogué et seul dans son corridor d’hôpital à Verdun. La nuit est longue et difficile autant pour Maëlie et Martin que pour moi…

Mardi matin, Martin semble aller mieux. Il se sauve de l’hôpital en autobus et métro pour venir me rejoindre et m’aider. Il est méconnaissable lorsqu’il entre dans la chambre devant les médecins et les infirmières. Il a un teint vitreux, il est extraverti et survolté. Il bouge et parle constamment… Le médecin regarde Maëlie en souriant. Elle l’informe des effets de la drogue sur son père et me recommande de le coucher jusqu’à ce qu’il ait reprit ses esprits. À son réveil, il est convaincu qu’il va mieux et ma mère me ramène à la maison pour me permettre de me reposer. À la maison, je dois voir aux bagages canoe camping de Loïkim qui part le lendemain pour 3 jours ainsi que toutes les obligations familiales. On se rappelle que je dois être alitée pendant que je suis en douleur…! La nuit est difficile et courte puisque Martin m’informe à 4h00 du matin qu’il est parti à pied à l’hôpital juif car ses douleurs sont revenues. Il m’appelle pour me donner le relais pour Maëlie puisqu’elle est maintenant seule à l’hôpital et qu’elle va plus ou moins bien la nuit et lui va bientôt passer out avec les médicaments. Merci… J’appelle l’infirmière de Sainte-Justine qui me rassure et m’informe qu’elle va veiller sur ma fille et qu’elle est allée reconduire elle-même mon conjoint à pied à l’hôpital pour éviter qu’il soit seul. Encore merci.

À 5h00 mercredi matin, je réveille toute ma gang pour partir à Sainte-Justine. Je laisse les filles au service de garde avec l’équipement de camping en espérant qu’ils acceptent mes filles même si elles ne sont plus inscrites. La journée est encore difficile mais grâce au moral de Maëlie et sa belle attitude contagieuse, on traverse l’épreuve ensemble. Martin revient dans l’après-midi mais encore souffrant… Je le retourne à la maison pour s’occuper de lui-même. Je ne suis malheureusement pas capable de m’occuper de lui, notre fille, les autres et moi-même…

Jeudi et vendredi, je suis à Sainte-Justine pendant que Martin s’occupe de lui et des enfants selon ses douleurs irrégulières. J’imagine que je suis fatiguée mais je ne prends pas le temps d’y penser. Je suis dans l’action et m’assure que tout se passe bien pour tout le monde. À partir de ce moment, je pense que la douleur, l’épuisement, l’ampleur des responsabilités, ma détresse prend toute la place mais je le contrôle en apparence et fonctionne comme un robot devant toutes les autres étapes à venir. Je me sens horriblement seule même si tout le monde est autour de moi pour me soutenir et m’aider… pas le temps de m’apitoyer. Je reste forte pour Maëlie car elle a beaucoup d’épreuves à surmonter.

Je suis décalée dans le processus médical de Maëlie mais je tente de suivre. Beaucoup d’étapes importantes ont été franchies dans les premières journées de la greffe. D’abord, tous attendaient avec anxiété que le nouveau rein accepte de se mettre en fonction dans son corps… Ensuite, Maëlie est monitorée, branchée, suivie, inspectée de façon constante. Elle a des fils, des tuyaux et des machines qui supervisent tous ses organes. Un arbre de Noël semble dégarni en comparaison avec elle. Se déplacer en compagnie de tous ces attirails est un art qui demande temps et minutie.  Je tente de rattraper la logique médicale complexe que le parent accompagnateur doit comprendre pour s’impliquer dans l’important processus de la réussite de la greffe.

L’horaire de la médication est le premier casse-tête à intégrer. Les infirmiers passent plus de 10 fois par jours déposer un petit contenant de pilules sur la table de Maëlie. C’est donc à moi de gérer ce qui doit être pris 30 minutes avant son repas, en même temps que le repas ou à l’heure exacte… Sans oublier ceux qui doivent être prises après les repas… Cette rigueur est donc effective pour les trois repas en plus de celles qui doivent être prises en soirée… À cela s’ajoute les traitements  qui dure près de deux heures chaque soir.

Le deuxième casse-tête, est la gestion des repas. Les choix alimentaires sont limités et doivent se commander 30 minutes à l’avance… Sans oublier de prévoir beaucoup de liquide car on doit hydrater le rein de façon importante. Martin n’a pas eu le temps de me partager l’ensemble des informations avant de quitter dans son ambulance. J’apprends donc que je dois noter tout ce qui est bu et mangé en plus de mesurer tout ce qui sort…

Entre cette gestion qui occupe déjà la majorité de la journée, je reçois des cours pour mieux prévoir le retour à la maison autant pour l’importance de l’hygiène que pour l’alimentation et toutes les précautions à prendre pour vivre avec une enfant immuno-supprimée.

À chaque journée la médecine franchit des étapes qui permettent à Maëlie de retrouver de plus en plus sa mobilité. D’abord le retrait du tuyau dans son coup, les intraveineuses dans les bras, les moniteurs cardiaques, la sonde urinaire… Celui qui la rendait particulièrement anxieuse, c’était le retrait de ses deux drains dans l’abdomen… Pour mon cœur de mère, je me sentais peu courageuse pour la rassurer lorsqu’ils ont procédé aux retraits de la moitié de ses 52 broches sur le ventre… OUFFF!

Les journées passent vite. Accompagner un enfant qui a reçu un rein occupe chaque minute de la journée et même de la nuit. Les médicaments donne des bouffés de chaleur où l’on doit changer l’ensemble des draps en plus de l’insomnie, des douleurs et des angoisses…

Dans tout ce tourbillon, Maëlie et moi réalisons que nous n’avons pas pris le temps de se laver… Maëlie a les cheveux transformé en ruche d’abeille. Je voudrais bien l’aider mais je suis incapable de lever le bras pour la brosser ou même lever un contenant d’eau pour lui laver la tête… Pendant qu’on se résigne à accepter la situation, une infirmière nous propose un rendez-vous après son quart de travail où elle ne sera pas débordée par le temps. C’est comme un miracle de gentillesse qu’elle nous propose bénévolement pour offrir à Maëlie un bien être de propreté dans son corps. L’humain est capable de grande bonté. Merci!!! C’est ça le service de Sainte-Justine… Nous avons côtoyé que des personnes passionnées, généreuses et agréables.

Maëlie a officiellement son congé samedi. Nous devons tout de même passer 2-3 jours par semaine à l’hôpital. On doit apprendre à cuisiner avec une hygiène parfaite, on doit gérer une grande quantité de médicaments. C’est le bal de Loïkim, le spectacle de danse de Kaïlane, les tournois de soccer de Médrick, la fête de Maëlie et Loïkim et… toutes les obligations pour que la vie soit normale. On va camper avec mon frère une semaine avant qu’il quitte pour l’été. On inscrit les plus jeunes à deux semaines de camp pour les occuper mais on sent qu’elles ne sont pas heureuses. Maëlie qui était d’abord forte et solide perd sa confiance. Les médicaments antirejets sont puissants. Son moral tombe, sa faim augmente, son corps change, elle fait de l’insomnie et je l’accompagne en pleine nuit pour des marches dans le quartier. Elle s’ennuie de ses amies mais elle a peur de les revoir.

L’organisation et la vie familiale est complètement bouleversées. Chaque personne qui entre dans la maison doit répondre à un questionnaire pour s’assurer qu’elle n’a pas été en contact avec des microbes. Les enfants ne peuvent pas aller voir leurs amis si tous les membres de leur famille ne sont pas en parfaite santé. Le purel version Costco est devenu notre meilleur ami.  La cuisine est source intense de stress… Tout doit être lavé, désinfecté, aseptisé.

La pharmacie est l’endroit que je fréquente le plus régulièrement dans ma semaine. Changement constant de médicament, de dosage et d’ajustement. Évidemment avec des produits trop rares pour être disponibles le jour même… Je dois revenir et revenir… Maëlie est rendue sur une liste prioritaire spéciale. Je pense que lorsque j’appelle, les employés sont rendus nerveux d’être en mesure de m’offrir un service dans un délai raisonnable.

La condition de Maëlie progresse bien selon les médecins mais… La science n’a pas toujours toutes les réponses et les solutions. Maëlie est assurément la première enfant greffée avec également une ceocostomie pour ses traitements à chaque soir. Aucun médecin n’avait prévu que les effects secondaires de la cortisone allaient se répercuter sur cette condition. Nous sommes donc constamment en recherche de nouvelles solutions avec les médecins pour offrir une meilleurs qualité de vie à Maëlie. Encore du stress, des inquiétudes et des défis qui s’ajoutent…

Pendant tout l’été, moi… Je survis, j’organise, je planifie pour que les enfants puissent en profiter… On arrive à faire un peu de camping et vivre des moments en famille… Dans ce contexte d’épuisement total, Martin doit partir 3 semaines à la fin de l’été pour son travail. Je pars donc seule camper avec les enfants et la roulotte puis demande à un voisin de m’aider pour la reculer dans l’entrée à notre retour. Tout le monde fait son possible pour s’adapter à la situation et rendre la vie moins lourde. Je suis fatiguée… épuisée physiquement et mentalement. Maëlie souffre et cherche à retrouver un équilibre dans son corps. Les enfants doivent être patients et conciliants car notre été tourne autour de la condition médicale de Maëlie. Martin doit recevoir l’ensemble de mes émotions et comprendre ce que je ne comprends pas toujours moi-même…

Puis septembre revient avec les routines, les défis et les horaires. Ça stabilise et normalises certaines choses mais il faut maintenant apprendre à vivre le quotidien avec une enfant greffée. Deux fois par jours les alarmes sonnent pour nous rappeler la médication indispensable à la survie de Maëlie. Tout le monde est mis à contribution. Même Kaïlane sait que lorsqu’on entend la sonnerie nous avons tous la responsabilité de s’assurer de prévenir Maëlie, peu importe où elle se trouve.

En donnant mon rein, j’ai vécu la peur, la douleur, la solitude, l’angoisse, la fatigue, les énormes responsabilités… Toutes ces émotions transforment… J’ai dû apprendre que je ne pouvais pas tout contrôler. J’ai dû être patiente et laisser le temps agir pour reprendre des forces et guérir les douleurs…  Je m’apaise de plus en plus et je me retrouve…!

La vie est un parcours d’épreuves et d’expériences. Le don de mon rein fut d’une grande intensité à cause de plusieurs circonstances. Je suis une personne plus riche qui a reçu en échange un don d’une expérience enrichissante.

Je partage maintenant ma perception dans mon rôle de donneuse et de mère puisque c’est la seule que j’ai vécu… Je sais pourtant que le rôle de frère et sœurs comportait aussi ses défis. Martin a aussi  traversé des montagnes avec ses douleurs et ses responsabilités pour nous accompagner. Sans oublier cette grande courageuse Maëlie qui était au cœur de cette tourmente avec toutes ses souffrances et ses émotions.

Merci à tous pour votre présence, votre écoute et votre compréhension…

Merci mes collègues pour vos mots réconfortants et un été de nourriture dans mon frigo…

Merci à Annie, Julie et Christine pour votre présence indispensable à l’hôpital. Votre amitié, votre confiance et votre respect m’a permis de survivre à cette épreuve…

Merci mon frère, mon sauveur pour ta présence de qualité au bon moment (Merci Jade de me partager ton homme pendant tes premières semaines de maternité)…

Merci maman pour ton aide précieuse auprès de mes enfants…

Merci belle-maman et belle-sœur, vous êtes mon modèle de courage et de positif…

Merci Martin pour ta patience et ta capacité de croire en nous… Je t’aime…

Merci mes enfants de partager cette expérience intense avec respect, patience, entraide et compréhension…

Merci Maëlie de m’accompagner et me guider dans cet univers médical avec générosité, maturité, ouverture et confiance. Ta force et ton amour ont été des modèles pour moi…

 

La conclusion

La conclusion

 

Il y a bientôt un an que nous sommes de retour au Québec… Après avoir passé une année en famille à voyager à travers le monde, l’adaptation à notre vie sédentaire était un autre défi…!

 

Petit à petit, la routine a repris sa forme… Les enfants à l’école, les parents au travail… Déjà en tête de nouveaux projets mais un sentiment, à l’intérieur de moi, qu’il manquait une conclusion… Je souhaitais partager notre aventure à de nouveaux lecteurs à travers l’écriture d’une journaliste. J’espérais communiquer avec les médias pour raconter notre année en famille « Entre le rêve et la réalité ».

 

Après avoir sollicité quelques journalistes et plusieurs mois d’attente, je n’y croyais plus… Pourtant, cette semaine, j’ai eu le plaisir d’aller à Québec pour rencontrer Mylène Moisan du journal « Le Soleil ». Après les premières minutes de stress, nous avons échangé pendant une heure et demi sur notre aventure familiale. L’expérience fut totalement agréable. Je suis revenue avec un sentiment d’accomplissement finale. Comme le point final d’un chapitre de notre vie.

 

Je la remercie de partager son talent d’écrivaine pour écrire les dernières phrases et permettre une conclusion à notre découverte d’un an autour du monde. Son cadeau littéraire sera livré dimanche le 15 juin dans le journal « Le Soleil » de Québec. Une version électronique sera aussi disponible sur le web…

 

Merci à nos fidèles lecteurs qui nous ont suivi et encourager…

 

Le retour à la réalité

 

Après une dernière belle journée de planche en famille, il faut vraiment accepter la réalité. L’heure du retour est sonnée. Nous embarquons une dernière fois tous nos équipements dans la roulotte, disons nos derniers aux revoir et amorçons notre 50 heures de route en direction de notre maison…! Est-ce que nous prenons conscience que c’est la fin? Sûrement pas! Par contre, nous sommes tous déterminés à rouler le maximum d’heures par jour pour éviter de prolonger la longue transition du retour. Pour la première fois en un an, j’assouplis mes exigences éducatives. J’accepte que l’écran occupe la totalité du temps de route, enfin presque! Les enfants accueillent cette nouvelle avec grand plaisir. Après le visionnement d’une quinzaine de films en cinq jours consécutifs, nous sentons l’air québécois nous souhaiter la bienvenue. L’excitation est à son maximum! Nous arrivons en début de soirée… Les voisins ont sûrement cru à un attentat en entendant tout le vacarme des enfants qui se débattaient pour avoir l’honneur d’être les premiers à remettre le pied dans notre maison. J’étire la tension en exigeant que nous fassions d’abord le tour de l’extérieur de la maison… pour me donner le temps de retrouver nos clés…! En arrivant finalement à l’intérieur, c’est du délire. Chacun retrouvent sa chambre, ses objets, son espace. Je trouve la maison terriblement grande et propre. Merci aux français qui ont préservé notre demeure dans un état impeccable. Ils sont d’ailleurs les premiers à qui je consacre quelques secondes pour les remercier par courriel.

 

J’étais loin de me douter que ce petit geste de remerciement allait me faire vivre mon premier choc culturel à mon retour. Moins de 48 heures plus tard, après la visite de ma belle-mère le matin et la présence bienvenue de ma mère pour le souper, c’est la visite de nos français qui nous surprend. Une surprise qui s’invite pour le souper et la veillée. Nous en sommes estomaqués… Des gens très gentils mais définitivement plus envahissant qu’un asiatique.

 

Après à peine trois jours pour retrouver notre équilibre, je suis déjà de retour au travail. Martin qui s’attendait à plus de temps pour organiser la maison est aussi attendu la semaine suivante. Nous avons l’impression de participer à un marathon sans avoir pris le temps de s’entraîner. En fait un triathlon serait plus exact considérant que nous devons performer autant au travail, dans l’organisation de la rentrée scolaire ainsi que l’aménagement de notre quotidien à la maison.

 

Heureusement que nous sommes tous les deux dans nos mêmes emplois. Ce qui facilité le défi et l’intégration. Par contre, nous devons rattraper notre année d’absence et faire nos preuves sur nos compétences.

 

De mon côté, j’ai une énorme pression au niveau scolaire. Je suis insécurisée sur le niveau académique transmis aux enfants bien que je sois consciente d’avoir maintenu un niveau de rigueur jusqu’à la fin. De plus, je dois voir aux nombreuses inscriptions des parascolaires, des rendez-vous médicaux, des effets scolaires et la liste est longue pour s’assurer que mes 4 trésors vivront un retour en douceur… Dans un élan d’inconscience, j’ai aussi proposé à ma belle-mère de recevoir toute sa grande famille du Témiscamingue pour la longue fin de semaine suivante. Moi qui apprécie normalement recevoir, je me sens en peu débordée par l’organisation de la réception, des jeux, des dodos et de la bouffe pour tout le week-end. Je suis contente du résultat mais épuisée par la quantité de responsabilités que je dois assumer depuis notre retour.

 

Pour Martin, c’est la gestion des caisses de papiers qui se sont accumulés durant la dernière année. Beaucoup de décisions à prendre pour nos finances ainsi que celle de son père. De plus, l’homme de la maison prend soin du nid familiale et doit voir à l’entretien qui doit se faire après un an d’absence. À cela s’ajoute le projet d’offrir à nos deux grands une chambre personnelle au sous-sol. Nous avons donc beaucoup de réorganisation à faire, un grenier à construire, un atelier à diviser et des plans à gérer.

 

Pour les enfants, les défis sont aussi nombreux. Médrick doit découvrir et s’adapter à la vie du secondaire. Maëlie doit se retrouver une place dans sa gang de filles et passer ses fins de semaine en examen pour choisir son école secondaire. Loïkim doit se faire confiance dans un enseignement en grand groupe et vaincre les monstres et les cauchemars qui sont beaucoup plus grands dans une grande maison. Kaïlane doit se séparer de sa mère et affronter le monde de la maternelle.

 

Pendant cette tornade de responsabilités, nous essayons de prendre du temps pour voir ceux qui nous ont manqués. Malheureusement, nous sommes aussi confrontés à des changements qui nous affectent directement dans notre environnement. Certains couples proches et moins proches semblent affronter des défis et veulent redéfinir leur choix de vie et de couple. Nous sommes inévitablement éclaboussés par ces réflexions lourdes de conséquences et d’émotions.

 

OUFF!!! C’est un mois de septembre intense où nous n’avons même pas le temps de réaliser que notre aventure est terminée. Je panique et je me cherche des points de repères dans cet océan agité que représente notre retour. J’investis du temps pour exposer nos souvenirs de vacances en espérant que leurs présences seront apaisantes dans la maison. Heureusement que les enfants grandissent. Un dimanche soir pluvieux, Martin et moi prenons une décision importante de s’imposer un arrêt. Quelques heures au restaurant pour repartir dans le même train du quotidien et s’assurer qu’on prend la même direction. Les enfants nous font le merveilleux cadeau de passer une belle soirée et de prendre soin les uns des autres.

 

 

Nous sommes la veille de l’Halloween. Déjà deux mois que nous cherchons un équilibre et un sens à notre retour. Nous commençons à récolter et surtout prendre conscience de certains impacts de notre projet.

 

Médrick semble vraiment heureux au secondaire. Il est ouvert et motivé par ses apprentissages. Il est responsable et autonome pour ses travaux. On le sens en confiance de partir en voyage trois jours avec sa classe. Il s’investit dans son piano, son soccer, la musique et même son bénévolat. Il semble avoir développé le plaisir de l’effort et le goût de rendre service.

 

Maëlie est épanouit dans son corps. Elle rayonne et devient une belle jeune fille. Elle prend une belle place dans son groupe d’amies et semble mature dans ses décisions. En classe, elle démontre de l’ouverture et une motivation plus large. Elle a développé la passion de la lecture, du sport et de la natation. Elle est surprise de ses bons résultats pour ses examens du secondaire et elle prend conscience de tout son potentiel. Elle développe ses responsabilités à la maison et travail son rôle de grande sœur.

 

Loïkim explose au niveau de sa créativité. Elle possède une richesse colorée dans sa tête qui s’exprime en classe par son implication et son investissement. Les projets sont une source de dynamisme dans son quotidien. Elle prend de plus en plus confiance dans ses capacités et reconnaît ses forces et ses différences. Elle prend une belle place dans la famille et illumine notre aventure familiale.

 

Kaïlane est notre petit minou exceptionnel. Elle a relevé le grand défi de la maternelle comme une championne. Elle prend sa place avec les amies et elle s’implique dans les apprentissages. De plus, elle s’est démarqué par sa confiance et sa volonté à se présenter au conseil étudiant. Elle réalise un discours devant toute l’école avec assurance. Son charme et sa détermination l’amène à remporter ses élections.

 

Pour Martin, il poursuit son rôle d’homme en s’assurant que le nid familial est bien douillet et que chacun aie son espace pour évoluer. Comme c’est un être passionné, les rénovations occupent tout son temps et toutes ses pensées. Même la planche à voile semble passer en deuxième. Par contre, son autre rôle d’homme pourvoyeur de la famille vient déstabiliser ses projets. Il devra passer une partie de l’automne en Suisse pour relever un défi professionnel important. Après une année de symbiose, deux mois de tempête d’adaptation, nous sommes à l’étape d’apprendre à former une équipe complice sur deux continents différents.

 

De mon côté, je garde mon rôle du maintient de l’équilibre affectif dans la famille. Je réfléchis beaucoup et je m’assure que chacun des membres de la famille progresse et s’accomplisse. Il me reste donc un gros morceau à gérer et c’est moi-même la bonne femme de quarante ans.

 

Tout le monde me demande si le retour est difficile. J’arrive maintenant à réaliser que ce n’est pas le retour dans notre quotidien qui est un défi puisque nous retournons dans ce que nous étions heureux… C’est la fin trop abrupte de notre projet familiale qui est un deuil. J’ai le désir de communiquer notre expérience pour le rendre vivant. Par contre, je ne ressens pas le besoin de raconter notre voyage, j’ai le désir de partager notre expérience vécue. J’ai déjà relaté dans notre blogue les aventures de notre quotidien. Maintenant, je souhaiterais exprimer les défis, les obstacles, les découvertes, les rapprochements, les déchirements qu’une telle aventure procure aux membres d’une famille. J’aimerais que notre expérience puisse être utile pour faire réfléchir ou donner le goût à d’autres projets de naître chez d’autres personnes. Je pense que notre aventure fut intense à différents niveaux autant pour notre couple, comme parents, au niveau médical, culturellement ou même affectif.

 

Je ne suis pas une bonne vendeuse de moi-même mais je fais un effort pour semer des graines en espérant que quelques unes pourront émerger. Autant à Ste-Justine, qu’à l’école ou dans les médias, je rêve d’une suite à notre projet familial…!

Hood River, Oregon

Notre dernière aventure se termine par deux semaines et demi de planche à voile. Nous sommes dans la région de Hood River sur la rivière Columbia qui sépare l’état de Washington et l’Oregon.

Nous retrouvons notre agréable camping en bordure du chemin de fer. Avec un peu d’imagination, on arrive à croire que c’est une berceuse qui nous fait vibrer à toutes les demi-heures pendant la nuit… Heureusement que nous revenons de l’Asie pour mettre en pratique nos habiletés de détente et aborder le vacarme tout en restant ZEN…!

À Hood River, le désavantage pour la planche c’est que nous ne dormons pas sur les lieux même pour faire ce sport. Par contre, à chaque matin, nous avons le choix entre plusieurs sites de planche selon le sens du vent et son intensité. Parfois les prédictions sont bonnes et parfois on doit changer de place pendant la journée pour bien profiter des caprices d’Éole!

Les enfants ont leur préférence mais semblent s’amuser peu importe le lieu. Pour Martin, le Hatchery est comme le rêve de tout planchiste. C’est l’endroit des pro pour le vent fort et les belles vagues pour les jumps et le surf. C’est donc avec un mélange de stress et d’excitation qu’il part à la découverte de ce lieu si mystique. Évidemment, il est le seul de calibre dans notre famille pour affronter ces conditions. Nous allons tout de même admirer les pro pour se rappeler tout ce qu’il nous reste à pratiquer… Quel sport technique et complexe…!

L’autre lieu plus accessible pour Médrick et moi se trouve à Bob’s beach près de Stevenson. Il offre pour les filles un beau terrain gazonné, de nombreux chiens à flatter, des cachettes à explorer et évidemment de l’eau pour se rafraîchir. Pour les planchistes, nous devons surtout être prudents car parfois de grosses barges de marchandises descendent la rivière. J’ai d’ailleurs, bien malgré moi, procuré une grande frousse à ma gang. Martin évalue qui j’ai passé devant une barge à quelques dizaines de mètres à peine. J’étais tellement concentrée à gérer l’intensité du vent que je n’ai jamais vu le danger me frôler. J’ai réalisé seulement l’ampleur du risque en voyant les yeux exorbités de mon homme et son teint verdâtre arrivé à la berge. Je suis maintenant plus craintive et je regarde à plusieurs reprises avant de traverser la rivière… Comme on enseigne aux enfants : il faut regarder de chaque côté avant de traverser!

Il y a heureusement des sites beaucoup moins stressants comme le crochet. C’est un endroit pour les débutants où nous avons passé beaucoup de temps l’été passé pour travailler nos water start et nos virages. Cette année, nous avons fait une seule visite. Notre plus grande motivation dans ce lieu est la présence de quelques lézards. Au grand désespoir de Martin, la chasse aux reptiles me procure un réel plaisir. Mon fils et moi devenons de redoutables chasseurs lorsque nous travaillons en équipe. De toute façon, toutes nos bestioles étaient décédées alors il nous fallait bien un peu de compagnie pour agrémenter notre retour à la maison.

Notre site le plus populaire est Event Site. L’accès est facile, les conditions sont bonnes, les gens sont sympathiques et surtout les chiens sont nombreux. Les enfants adorent aller au terrain de jeu à côté ainsi que grimper le gros poteau pour faire des sauts périlleux dans la rivière. Médrick et moi passons beaucoup de temps à pratiquer nos jibes, nos tacks et toutes nos manœuvres nécessaires pour s’amuser en planche. Comme les enfants grandissent, il nous arrive de plus en plus d’être plusieurs sur l’eau en même temps. Médrick se débrouille bien seul sur sa planche et les filles s’occupent bien sous la supervision de Maëlie. En conséquence, nous avons souvent beaucoup d’équipements de planche à voile répandus sur le gazon. Pour préparer les voiles avant et après l’activité, il faut compter presqu’une heure si Martin doit tout faire seul… Ce qui était toujours le cas puisque je m’occupais des enfants pendant ce temps…! Maintenant que la marmaille grandit, nous tentons de mettre tout le monde à contribution. Quelle motivation d’entendre un homme dire à sa femme de regarder nos enfants pour admirer leur travail d’entraide. Je lui ai dis qu’il y a des années d’entrainement avant d’arriver à ce résultat… et qu’il faut aussi tomber sur la bonne journée… Lui qui avait deux jumeaux de 2 ans qui courraient partout!

Dans notre dernière semaine, nous avons découvert un dernier beau site pour plancher qui est assurément le plus près de notre camping (Viento)… En fait, il se situe de l’autre côté du chemin de fer. On peut s’y rendre en vélo. C’est un look magnifique de pédaler avec un wet suite et une veste de sauvetage… Mais c’est génial de ne pas préparer de lunch pour la journée!

Depuis que nous restons davantage à notre camping, nous avons fait l’agréable connaissance de Katie et Joey. Un couple génial qui partage nos passions, nos plaisirs et s’amuse à gâter nos enfants aux bonbons. Nous partageons les repas et nos aventures sur l’eau. On réalise que nous sommes en manque de complicité sociale et leur présence est d’autant plus agréable.

Les enfants aussi ont fait des rencontres agréables. Une petite fille pour partager un week-end de châteaux de boue et de craie dans la rue. Sans oublier les nombreux propriétaires de chiens qui apprécient, j’espère, les deux petites québécoises qui passent chaque soir pour flatter leur espèce canine. Michèle est tombée en amour avec nos puces et était prête à les adopter! Les filles auraient bien accepté un échange avec Cody, le chien et Celler, le chat… Elles ont même conservé un échantillon de poils en souvenir! Leur ami le plus étrange restera le petit cochon qui se promenait en laisse… Quoique dans la catégorie étrange, mes filles elles-mêmes remportent le concours en s’occupant du hamster comme d’un chien. Je ne sais pas s’il apprécie se promener en laisse, prendre son bain et faire de la gymnastique. Je ne crois pas qu’il va un jour comprendre les commandes : « sit, stay, sleep… » mais il ne peut certainement pas se plaindre de solitude dans sa cage…!

Au camping, nous apprécions tous se gaver des mûres excellentes qui se retrouvent partout sur le terrain. Dans les croustades, avec les céréales, sur la crème glacée, on ne s’en lasse pas! Les enfants apprécient aussi notre dynamique Ranger qui offre des sessions intéressantes de fabrication de papier ou de recherche d’or!

Pour changer le mal de place, nous sommes aussi retournés quelques fois à Post Canyon pour faire de la descente en vélo. C’est maintenant confirmé, la moitié de mes enfants m’ont dépassé en vitesse et en courage pour descendre les montagnes. Heureusement qu’ils sont patients et acceptent encore de m’attendre entre chaque jump! D’ailleurs, Maëlie s’est vraiment surpassée en tentant de jumper une rampe qui avait son atterrissage 5 pieds plus loin. Pendant que Médrick lui criait d’accélérer, moi j’espérais seulement qu’elle freine pour éviter l’épreuve… Il faut se rendre à l’évidence, l’influence de son frère est plus grande… Quoique je ne sais pas qui se sentait le plus coupable en observant son magnifique plongeon dans la terre et les broussailles? Médrick de l’avoir encouragé ou moi de l’avoir laissé faire? Tant qu’à Maëlie, elle revient remplie autant de fierté que d’éraflures…! Pendant ce temps, les deux petites flattent et nourrissent les chevaux… C’est ce que nous croyions… Elles s’amusent aussi à recevoir des chocs sur la clôture électrique…! À chacun ses sports extrêmes dans la famille!

C’est déjà la fin, nous quittons les gens que nous avons croisés sur notre chemin. Nous partirons demain et eux la semaine prochaine mais nous arriverons en même temps au Québec. Eux après 5 heures d’avion, nous après 50 heures de pick up… Il est vraiment grand notre continent…! Martin repart avec son bon vin et moi avec ma bonne crème glacée Rocky Road… J’espère qu’il n’y a pas de limites de quantités aux douanes.

Dans le dernier mois, les enfants exprimaient souvent leur hâte de revenir à la maison… Depuis que nous sommes dans les dernières journées, ils semblent réaliser la fin de notre aventure et ne veulent plus partir. C’est évidemment le déchirement entre la tristesse de la fin et l’excitation de retrouver notre chez soi!

Quand j’étais jeune, je rêvais de trouver l’homme de ma vie pour voyager un an… Pendant ce rêve en Amérique du Sud, Martin et moi avons souhaité le revivre avec notre marmaille… Maintenant que la fin approche, nous avons déjà des projets excitants que nous mettrons en place dès notre retour…! Pendant toute l’année, nous avons évidemment vécu des moments difficiles, des épreuves à surmonter et des ajustements à vivre… À quelques heures du retour, il me semble que j’en conserve que les bons souvenirs…!

En un seul coup d’œil, notre aventure dans l’ouest pour 2013 :

Chaque enfant conservera ses souvenirs :

Squamish

Après l’escalade de Red Rock, l’apprentissage de la planche au Lac Isabella, la planche à son meilleur à Rio Vista, la découverte des sentiers de Free Ride à Bend… Comment espérer trouver mieux dans l’ouest? Passer deux semaines à Squamish! Elle offre un terrain de jeu de rêve pour des amoureux de la nature qui recherche planche, vélo et escalade en même temps…! Une destination sur mesure pour notre famille.

D’abord, petit arrêt à Vancouver au Children hospital avec les spécialistes en urologie. Ils nous confirment que le rein de notre Maëlie se dégrade et nécessitera d’autres opérations mais semble vouloir se maintenir pour attendre notre retour à Montréal.

Comme nous sommes à Vancouver, on en profite pour aller saluer mon frère et visiter sa chambre qu’il occupera pour l’été durant son contrat de recherche avec l’université. Nous lui faisons donc perdre son premier lundi après-midi de travail… qui sera précurseur de tous les lundis suivants! Il aura ainsi fait l’école buissonnière pour profiter de notre présence et/ou du terrain de jeu naturel de Squamish!

Depuis plusieurs mois, on se questionne et on réfléchit pour s’assurer que toute notre marmaille est en équilibre dans nos choix d’activités ou de projets. Nous observons donc que les deux grands profitent grandement des journées et même Kaïlane qui se fait dorloter par tout le monde. Tant qu’à Loïkim, elle passe beaucoup de temps à créer et inventer des activités mais nous observons une réelle obsession pour les animaux. Après de nombreux débats, j’arrive à convaincre mon homme que la présence d’un hamster dans la roulotte serait un énorme intérêt pour notre fille versus les désagréments qu’il pourrait occasionner. De plus, la roulotte à déjà fait ses preuves de maison d’accueil de rongeurs! Nous amenons donc Loïkim fêter son anniversaire dans une animalerie. Elle est très émue de repartir avec son nouvel ami qu’elle nommera Kim. La bête est parfaite car elle se laisse agréablement cajoler toute la journée. Elle nous accompagne dans tous les sports. En fait, je pense que nous sommes en train de transformer un animal nocturne en animal diurne…! À l’exception de quelques mouvements la nuit qui réveille mon homme en sursaut. Lorsque les enfants pleurent, Martin peut ronfler tranquille mais le mouvement d’un rongeur éveil son esprit de chasseur… C’est l’appel de la trappe à rat…!

Maintenant que toute la famille est en équilibre affectif, nous passons nos semaines à s’amuser et développer nos talents dans différentes activités :

Martin se gâte à quelque reprise en partant faire de la planche à voile. Nous ne l’accompagnons pas puisque l’eau est trop froide pour nous… De notre côté, nous préférons barboter dans la piscine chauffée du centre communautaire et y passer de nombreuses heures jusqu’à ce que nos mains ratatines. D’ailleurs, la baignade est une activité idéale pour baisser la fièvre de notre Kaïlane qui collectionne les amygdalites depuis cet hiver.

Nous avons passé une belle journée dans le parc de Porto Cove. Dans notre souvenir qui date de 15 ans, nous avions vu un requin en plongée sous marine et des phoques en apnée. Nous espérions avoir la chance de partager cette expérience avec notre marmaille. Je pars d’abord seule avec mon kayak car les enfants ont surtout retenu la partie requin de notre aventure. Lorsque je reviens à la rive en m’excitant d’avoir observé deux phoques, je deviens nettement plus populaire pour ma balade en kayak. À tour de rôle, nous avons passé une belle journée en observant ces gros mammifères marins qui nous regardent avec leurs gros yeux ronds et curieux.

Depuis longtemps, nous avons observé une variante de l’escalade qui se pratique sans corde. Il s’agit d’escalader des blocs de roche de différentes tailles en s’assurant simplement avec un matelas au sol. Nous avons expérimenté une première journée sans tapis pour tester le potentiel. L’expérience fut suffisante pour nous convaincre de louer un livre et un matelas pour s’amuser à basse altitude. Nous avons tous apprécié faire du bouldering. Nous avons moins d’équipement à transporter, la mise en place est vraiment plus rapide et plusieurs personnes peuvent essayer en même temps. Les petites ont adoré la sensation de se lancer et atterir sur le gros coussin. Pour les grands, nous avons réalisé que la peur des hauteurs est autant présente puisque certains blocs sont quand même hauts. De plus, certaines grimpes commencent même assis par terre tout en maintenant l’effort physique jusqu’en haut. C’est donc très technique et exigeant physiquement. Belle découverte!

Ce qui occupera la majorité de notre temps est le vélo de montagne. Des balades incroyables entre les racines et les roches au cœur de la forêt luxuriante. On comprend pourquoi le film Twilight fut tourné dans ce décor enchanteur. Après notre quatrième séjour dans cette ville depuis la dernière année, nous commençons à s’y sentir chez nous. Nous avons maintenant nos préférences pour nos sentiers préférés comme la « Jack » et la « Wonderland » qui porte bien son nom. Ici, on peut débuter chaque journée avec une petite « ride » pour garder la forme et se remplir les poumons d’air frais… Évidemment, il nous faut une navette à quatre roues pour nous apporter au début de notre route mais Martin ne semble pas se plaindre de son nouveau rôle de Shuttle bitch… En échange, il peut admirer mes cuisses et mes fesses qui maintiennent la fermeté bien que je sois déjà rendue une vieille dans la quarantaine. Sa patience est de doute façon récompensée car je lui laisse généralement les sentiers nécessitant davantage de couilles en fin de journée!

Les enfants ont aussi expérimenté une nouvelle facette du vélo. Derrière notre terrain de camping, il y a un parc de planche à roulette ainsi qu’un parcours de BMX. Les enfants s’amusent dessus presque tous les soirs. Pour augmenter leur défi, nous les avons inscrits à une pratique officielle sur le parcours de BMX mais avec leur vélo de montagne. Ils devaient courser avec d’autres jeunes et surtout se tenir en équilibre sur la ligne de départ jusqu’au moment où la barrière s’ouvrait. Nous avons été surpris de leur persévérance qui s’est maintenu tout au long de la soirée. De mon côté, j’avoue ne pas vraiment apprécier le spectacle qui me donne trop d’émotions et de cheveux blancs. Allant de Médrick qui saute les jumps entre les autres jeunes à Kaïlane qui dévale la pente sans nécessairement être en contrôle, mon cœur de mère arrête!

Entre nos semaines bien remplies, il y a les longues fins de semaine de trois jours qui débordent d’activités en compagnie de mon frère qui ne peut plus se passer de notre présence… et nous de la sienne!

D’abord une petite randonnée pour monter le Chief (montagne symbolisant Squamish). Pour des bons marcheurs, il faut prévoir environ 2-3 heures… Mon frère expérimente l’agréable sensation de profiter deux fois plus de la montagne grâce à la présence de nos enfants qui ralentissent le rythme. Il apprend les précieux trucs essentiels pour motiver des jeunes à persévérer à monter : Chanter, se transformer en animaux imaginaires et manger…! De notre côté, nous apprécions observer les paysages à travers tous les commentaires d’un géologue passionné de la montagne. Un bon pique-nique au sommet est une belle récompense devant un paysage qui valait vraiment tous les efforts.

Pas le temps de niaiser, il faut aussi profiter du reste de l’après-midi pour découvrir de nouveaux sentiers de vélo de montagne. Les pistes sont souvent trop expertes pour mon niveau technique et pas assez intense pour mon frère… Juste parfaite pour Médrick! Il peut ainsi se pratiquer à « popper » du stock avec sa nouvelle acquisition : Des clips pour ses pédales. C’est toujours agréable de tomber dans la roche, les deux pieds attaché sur le vélo. Il semble pourtant aimer la possibilité de jumper plus haut ainsi solidaire à son bolide. Pour moi, je dois souvent marcher pour suivre mes hommes, j’apprécie la balade en forêt. Mes hommes sont patients et semblent apprécier d’avoir une photographe à leur disponibilité.

Le lendemain, journée avec cinq navettes dans différentes pistes pour combler l’ensemble de notre équipage. D’abord une agréable balade pour tous où même les deux plus jeunes arrivent à s’amuser et rouler sur les racines. Ensuite, légère descente pour les deux autres girls, Maëlie et moi. Puis, l’aventure se poursuit avec mon frère et mon fils où j’arrive à suivre sur mon vélo la moitié du temps… considérant qu’ils doivent m’attendre souvent. Finalement, j’envoie mon chum avec les deux autres mâles pour libérer une bonne dose de testostérone… Mon fils revient avec une augmentation significative de son nombre d’éraflures mais tous les membres aux bons endroits. Mon homme revient avec les yeux brillants et une nouvelle passion qui semble à l’aube de vouloir naître. Tandis que mon frère s’est bien amusé mais il espère une dernière vraie descente pour satisfaire son adrénaline. Je m’occupe donc de déposer une dernière fois les deux crinqués qui vont s’en payer une dernière…! Pendant que la femme en moi va retourner à sa vraie nature et préparer un bon repas pour sa tribu.

Pas assez de deux jours avec nous, mon frère décide de vivre une nouvelle aventure en tête à tête avec Martin. Les deux hommes partent tôt pour affronter encore une fois le Chief mais cette fois en escalade. Il s’agit de monter 8 longueurs de corde une à la suite de l’autre pour arriver au sommet. C’est un bon défi technique pour placer tous les ancrages de protection, un défi de vertige à cause de la hauteur ainsi qu’un défi de confiance pour faire équipe avec son partenaire. Martin réalise que ca fait déjà 20 ans la dernière dois qu’il a fait cette ascension avec sa sœur Nathalie! Il se rappelle qu’il y avait beaucoup de passage sans protection et qu’une chute ne pouvait être envisagée…

Finalement, il avait encore assez de testostérone pour surmonter ce défi. Dès leur retour de l’ascension en coopération, la compétition reprend le relais sur la balance. Les deux hommes adorent comparer leur tour de taille et leur poids depuis des années. La compétition est féroce! Généralement, mon frère domine avec quelques livres d’avance. Dernièrement, notre rythme de vie avait permis à mon homme de se rattraper. Ce qui est certain, c’est que le vice du bon vin pour l’un et le vice du chocolat pour l’autre est plus important que de gagner le concours de monsieur univers!

Le week-end suivant, à force de patience, de détermination et d’excitation, mon frère a fini par nous transmettre sa passion de la descente en vélo. Nous sommes tellement motivés que nous décidons d’aller à Whistler pour affronter la vraie montagne. Nous partageons la journée entre Martin et moi qui alternons un billet ainsi que Médrick et Maëlie. Les deux petites n’ont pas le temps de s’ennuyer dans tous les parcours de BMX et de « skate park ». Il reste mon frère qui est inépuisable même s’il descend deux fois plus que nous et qu’il doit manger dans les remontés mécaniques pour ne pas perdre de temps. Le héros de la montagne impressionne mes hommes qui tentent de le suivre à toute allure et jumper toutes les « drops » qu’ils croisent. Il y a même ma grande fille qui arrive à me dépasser. Je me console en me disant que je suis surement la plus lente de la montagne mais aussi la plus vieille et la plus heureuse à suivre sa gang. Je me console en sachant qu’il y a seulement une fille pour 20 gars qui pratiquent la descente.

Le dimanche, on tente de prendre la journée plus relaxe mais nous ne sommes pas très compétents dans ce domaine. Un peu de mécanique pour remettre les vélos en état et c’est reparti pour d’autres aventures dans les sentiers de Squamish…

Lundi…Nous sommes maintenant contaminés par la passion de la descente de mon frère, nous l’informons donc que nous irons encore à Whistler…! Il tente de résister à la tentation mais… se laisse séduire par notre proposition « in descente »! Nous repartons tous affronter les « burm and turn », les « drops », les « step on », les « table top », les « brake bump », les « gaps » et surtout les VRAAATTT dans le magnifique univers de la descente. Je ne suis pas encore certaine si je dois remercier mon frère pour nous avoir convertis à sa passion. Mon homme est maintenant convaincu qu’il lui faut un nouveau vélo vraiment dispendieux et mon fils rêve juste de sauter du stock plus haut, plus vite et plus loin… Je tente de voir le bon côté des choses… Nous avons partagé des journées incroyables et inoubliables avec mon frère. C’est une occasion unique que nous avons eu la chance de coordonner pour passer près de 5 semaines ensembles.

Les enfants ont élargi leurs vocabulaires très instructifs avec la belle présence de leur oncle. Les pets sauces n’ont plus de secret pour eux. Ils ont appris que la nudité est un état naturel même en plein milieu d’un stationnement. Médrick sait maintenant comment se battre et a appris à parler aux femmes. Martin devra rectifier un peu les apprentissages un peu drus de mon frère. Évidemment, la montagne est maintenant leur amie mais surtout… ils ont découvert et apprécié la tri polarité de mon frère. Selon mon analyse, mon frère possède trois caractéristiques qui sont généralement exclusives les unes des autres. D’abord, mon frère est un être sportif qui a besoin d’adrénaline et de sensation forte. Ensuite, c’est aussi un « party animal » qui est capable de faire la fiesta solide. Finalement, et non le moindre, c’est un intellectuel qui performe dans son domaine scientifique. Donc un nerd, sportif sur le party…! Pas étonnant qu’il soit encore à la recherche de la femme idéale qui saura combler tous ses extrêmes… Surtout qu’il les aime beaucoup les femmes!

De notre côté, nous sentons clairement le début de la fin de notre aventure. Comme dirait mon frère, notre retour à la réalité va sûrement être un choc. Nous sommes déjà en train de planifier les projets pour notre retour. Évidemment, beaucoup de jardinage m’attend pour remettre le terrain à mon goût. Martin prévoit profiter que nous habitions dans la roulotte quelques semaines supplémentaires pour faire des travaux dans la maison comme sabler les planchers, repeindre les murs et refaire les moulures. Les enfants rêvent d’avoir chacun leur chambre personnelle après un an à partager le même petit espace ensemble. Sans oublier, les examens scolaires à reprendre à la fin août, les inscriptions pour les loisirs d’automne, les examens pour le secondaire de Maëlie, le début de la maternelle pour Kaïlane et le secondaire pour Médrick, les entrevues pour une nouvelle job à Martin et Lolo qui ne rêve que d’héberger tous les animaux de la planète…! Comme nous prévoyons arriver la veille de ma première journée de travail, nous aurons un horaire plus que chargé dès notre retour… À l’image de nous-mêmes qui cherchons toujours à tout maximiser.

En fait, un des plus grands défis de notre année sabbatique était la gestion de la liberté, principalement celle de notre temps. Avant le départ, nous pensions bénéficier davantage de temps libre. Dans les faits, notre urgence de profiter de chaque journée pour se remplir de souvenirs en famille et surtout à cause de notre personnalité hyperactive, nous amène à constater que notre année fut une explosion de découvertes mais loin d’être relaxante. La différence avec notre vie à St-Hubert, c’est qu’à la maison, le travail, l’école et les obligations remplissent la majorité de nos semaines. Pendant notre année, nous étions les seuls responsables de notre horaire. C’est une grande liberté qui comporte son lot de défis pour plaire à six individus ayant des personnalités différentes, des goûts, des âges, des talents, des désirs personnels… Aménager chaque journée est une tâche complexe et exigeante qui finalement nécessite des habiletés d’adaptation, de flexibilité et de compromis pour tous. À chaque jour, on doit se questionner sur l’activité mais aussi sur l’itinéraire, le pays ou la région, l’endroit pour manger et dormir… Tout est à redéfinir à tous les jours…! Sans négliger la grande responsabilité de scolariser trois enfants dans différents niveaux académiques.

Réaliser notre rêve d’une aventure familiale comportait évidemment plusieurs épreuves à surmonter. C’est un dépassement de soi mais aussi de couple et de parents. Nos olympiques familiales approchent la fin d’une grande étape. Dans sa globalité, nous ressentons un grand sentiment d’accomplissement. Je souhaiterais parfois pouvoir observer le futur et découvrir ce que les enfants en garderont comme héritage et souvenir. Présentement, Médrick devient un grand garçon responsable. Il a développé son entraide familiale, sa témérité sportive et son plaisir de taquiner ses sœurs. Maëlie devient une grande fille mature. Elle a développé son rôle de grande sœur, son endurance physique et son obsession pour la lecture. Loïkim devient une belle jeune fille rayonnante. Elle a développé une meilleure connaissance sur elle-même, un équilibre avec ses grandes qualités ainsi que ses habiletés sociales et sa place dans la famille. Kaïlane devient une grande fille mais elle reste notre bébé. Elle a développé de suivre la vitesse de la famille avec ses cuisses de béton, sa détermination et son enthousiasme. On ne pourrait se passer de la présence de notre petite colleuse!

Il nous reste uniquement deux semaines de planche à voile à Hood River pour s’assurer de ramener Martin rassasié pour quelque temps ainsi qu’une semaine de route vers le Québec. J’aimerais prolonger le temps pour faire durer notre merveilleuse aventure mais comme j’explique aux enfants, il faut que les rêves se terminent pour laisser la place aux suivants. C’est aussi parce qu’ils se terminent que nous pouvons autant les apprécier. Dans notre année de bohème, toujours sur la route à profiter de chaque minute, il y a deux choses profondes que j’ai hâte de retrouver : ma douche et mes assiettes qui n’ont pas un goût de plastique et de savon mal rincé. Évidemment, tout ceux que j’aime et qui nous ont accompagnés à distance…! Merci.

Squamish

Après l’escalade de Red Rock, l’apprentissage de la planche au Lac Isabella, la planche à son meilleur à Rio Vista, la découverte des sentiers de Free Ride à Bend… Comment espérer trouver mieux dans l’ouest? Passer deux semaines à Squamish! Elle offre un terrain de jeu de rêve pour des amoureux de la nature qui recherche planche, vélo et escalade en même temps…! Une destination sur mesure pour notre famille.

D’abord, petit arrêt à Vancouver au Children hospital avec les spécialistes en urologie. Ils nous confirment que le rein de notre Maëlie se dégrade et nécessitera d’autres opérations mais semble vouloir se maintenir pour attendre notre retour à Montréal.

Comme nous sommes à Vancouver, on en profite pour aller saluer mon frère et visiter sa chambre qu’il occupera pour l’été durant son contrat de recherche avec l’université. Nous lui faisons donc perdre son premier lundi après-midi de travail… qui sera précurseur de tous les lundis suivants! Il aura ainsi fait l’école buissonnière pour profiter de notre présence et/ou du terrain de jeu naturel de Squamish!

Depuis plusieurs mois, on se questionne et on réfléchit pour s’assurer que toute notre marmaille est en équilibre dans nos choix d’activités ou de projets. Nous observons donc que les deux grands profitent grandement des journées et même Kaïlane qui se fait dorloter par tout le monde. Tant qu’à Loïkim, elle passe beaucoup de temps à créer et inventer des activités mais nous observons une réelle obsession pour les animaux. Après de nombreux débats, j’arrive à convaincre mon homme que la présence d’un hamster dans la roulotte serait un énorme intérêt pour notre fille versus les désagréments qu’il pourrait occasionner. De plus, la roulotte à déjà fait ses preuves de maison d’accueil de rongeurs! Nous amenons donc Loïkim fêter son anniversaire dans une animalerie. Elle est très émue de repartir avec son nouvel ami qu’elle nommera Kim. La bête est parfaite car elle se laisse agréablement cajoler toute la journée. Elle nous accompagne dans tous les sports. En fait, je pense que nous sommes en train de transformer un animal nocturne en animal diurne…! À l’exception de quelques mouvements la nuit qui réveille mon homme en sursaut. Lorsque les enfants pleurent, Martin peut ronfler tranquille mais le mouvement d’un rongeur éveil son esprit de chasseur… C’est l’appel de la trappe à rat…!

Maintenant que toute la famille est en équilibre affectif, nous passons nos semaines à s’amuser et développer nos talents dans différentes activités :

Martin se gâte à quelque reprise en partant faire de la planche à voile. Nous ne l’accompagnons pas puisque l’eau est trop froide pour nous… De notre côté, nous préférons barboter dans la piscine chauffée du centre communautaire et y passer de nombreuses heures jusqu’à ce que nos mains ratatines. D’ailleurs, la baignade est une activité idéale pour baisser la fièvre de notre Kaïlane qui collectionne les amygdalites depuis cet hiver.

Nous avons passé une belle journée dans le parc de Porto Cove. Dans notre souvenir qui date de 15 ans, nous avions vu un requin en plongée sous marine et des phoques en apnée. Nous espérions avoir la chance de partager cette expérience avec notre marmaille. Je pars d’abord seule avec mon kayak car les enfants ont surtout retenu la partie requin de notre aventure. Lorsque je reviens à la rive en m’excitant d’avoir observé deux phoques, je deviens nettement plus populaire pour ma balade en kayak. À tour de rôle, nous avons passé une belle journée en observant ces gros mammifères marins qui nous regardent avec leurs gros yeux ronds et curieux.

Depuis longtemps, nous avons observé une variante de l’escalade qui se pratique sans corde. Il s’agit d’escalader des blocs de roche de différentes tailles en s’assurant simplement avec un matelas au sol. Nous avons expérimenté une première journée sans tapis pour tester le potentiel. L’expérience fut suffisante pour nous convaincre de louer un livre et un matelas pour s’amuser à basse altitude. Nous avons tous apprécié faire du bouldering. Nous avons moins d’équipement à transporter, la mise en place est vraiment plus rapide et plusieurs personnes peuvent essayer en même temps. Les petites ont adoré la sensation de se lancer et atterir sur le gros coussin. Pour les grands, nous avons réalisé que la peur des hauteurs est autant présente puisque certains blocs sont quand même hauts. De plus, certaines grimpes commencent même assis par terre tout en maintenant l’effort physique jusqu’en haut. C’est donc très technique et exigeant physiquement. Belle découverte!

Ce qui occupera la majorité de notre temps est le vélo de montagne. Des balades incroyables entre les racines et les roches au cœur de la forêt luxuriante. On comprend pourquoi le film Twilight fut tourné dans ce décor enchanteur. Après notre quatrième séjour dans cette ville depuis la dernière année, nous commençons à s’y sentir chez nous. Nous avons maintenant nos préférences pour nos sentiers préférés comme la « Jack » et la « Wonderland » qui porte bien son nom. Ici, on peut débuter chaque journée avec une petite « ride » pour garder la forme et se remplir les poumons d’air frais… Évidemment, il nous faut une navette à quatre roues pour nous apporter au début de notre route mais Martin ne semble pas se plaindre de son nouveau rôle de Shuttle bitch… En échange, il peut admirer mes cuisses et mes fesses qui maintiennent la fermeté bien que je sois déjà rendue une vieille dans la quarantaine. Sa patience est de doute façon récompensée car je lui laisse généralement les sentiers nécessitant davantage de couilles en fin de journée!

Les enfants ont aussi expérimenté une nouvelle facette du vélo. Derrière notre terrain de camping, il y a un parc de planche à roulette ainsi qu’un parcours de BMX. Les enfants s’amusent dessus presque tous les soirs. Pour augmenter leur défi, nous les avons inscrits à une pratique officielle sur le parcours de BMX mais avec leur vélo de montagne. Ils devaient courser avec d’autres jeunes et surtout se tenir en équilibre sur la ligne de départ jusqu’au moment où la barrière s’ouvrait. Nous avons été surpris de leur persévérance qui s’est maintenu tout au long de la soirée. De mon côté, j’avoue ne pas vraiment apprécier le spectacle qui me donne trop d’émotions et de cheveux blancs. Allant de Médrick qui saute les jumps entre les autres jeunes à Kaïlane qui dévale la pente sans nécessairement être en contrôle, mon cœur de mère arrête!

Entre nos semaines bien remplies, il y a les longues fins de semaine de trois jours qui débordent d’activités en compagnie de mon frère qui ne peut plus se passer de notre présence… et nous de la sienne!

D’abord une petite randonnée pour monter le Chief (montagne symbolisant Squamish). Pour des bons marcheurs, il faut prévoir environ 2-3 heures… Mon frère expérimente l’agréable sensation de profiter deux fois plus de la montagne grâce à la présence de nos enfants qui ralentissent le rythme. Il apprend les précieux trucs essentiels pour motiver des jeunes à persévérer à monter : Chanter, se transformer en animaux imaginaires et manger…! De notre côté, nous apprécions observer les paysages à travers tous les commentaires d’un géologue passionné de la montagne. Un bon pique-nique au sommet est une belle récompense devant un paysage qui valait vraiment tous les efforts.

Pas le temps de niaiser, il faut aussi profiter du reste de l’après-midi pour découvrir de nouveaux sentiers de vélo de montagne. Les pistes sont souvent trop expertes pour mon niveau technique et pas assez intense pour mon frère… Juste parfaite pour Médrick! Il peut ainsi se pratiquer à « popper » du stock avec sa nouvelle acquisition : Des clips pour ses pédales. C’est toujours agréable de tomber dans la roche, les deux pieds attaché sur le vélo. Il semble pourtant aimer la possibilité de jumper plus haut ainsi solidaire à son bolide. Pour moi, je dois souvent marcher pour suivre mes hommes, j’apprécie la balade en forêt. Mes hommes sont patients et semblent apprécier d’avoir une photographe à leur disponibilité.

Le lendemain, journée avec cinq navettes dans différentes pistes pour combler l’ensemble de notre équipage. D’abord une agréable balade pour tous où même les deux plus jeunes arrivent à s’amuser et rouler sur les racines. Ensuite, légère descente pour les deux autres girls, Maëlie et moi. Puis, l’aventure se poursuit avec mon frère et mon fils où j’arrive à suivre sur mon vélo la moitié du temps… considérant qu’ils doivent m’attendre souvent. Finalement, j’envoie mon chum avec les deux autres mâles pour libérer une bonne dose de testostérone… Mon fils revient avec une augmentation significative de son nombre d’éraflures mais tous les membres aux bons endroits. Mon homme revient avec les yeux brillants et une nouvelle passion qui semble à l’aube de vouloir naître. Tandis que mon frère s’est bien amusé mais il espère une dernière vraie descente pour satisfaire son adrénaline. Je m’occupe donc de déposer une dernière fois les deux crinqués qui vont s’en payer une dernière…! Pendant que la femme en moi va retourner à sa vraie nature et préparer un bon repas pour sa tribu.

Pas assez de deux jours avec nous, mon frère décide de vivre une nouvelle aventure en tête à tête avec Martin. Les deux hommes partent tôt pour affronter encore une fois le Chief mais cette fois en escalade. Il s’agit de monter 8 longueurs de corde une à la suite de l’autre pour arriver au sommet. C’est un bon défi technique pour placer tous les ancrages de protection, un défi de vertige à cause de la hauteur ainsi qu’un défi de confiance pour faire équipe avec son partenaire. Martin réalise que ca fait déjà 20 ans la dernière dois qu’il a fait cette ascension avec sa sœur Nathalie! Il se rappelle qu’il y avait beaucoup de passage sans protection et qu’une chute ne pouvait être envisagée…

Finalement, il avait encore assez de testostérone pour surmonter ce défi. Dès leur retour de l’ascension en coopération, la compétition reprend le relais sur la balance. Les deux hommes adorent comparer leur tour de taille et leur poids depuis des années. La compétition est féroce! Généralement, mon frère domine avec quelques livres d’avance. Dernièrement, notre rythme de vie avait permis à mon homme de se rattraper. Ce qui est certain, c’est que le vice du bon vin pour l’un et le vice du chocolat pour l’autre est plus important que de gagner le concours de monsieur univers!

Le week-end suivant, à force de patience, de détermination et d’excitation, mon frère a fini par nous transmettre sa passion de la descente en vélo. Nous sommes tellement motivés que nous décidons d’aller à Whistler pour affronter la vraie montagne. Nous partageons la journée entre Martin et moi qui alternons un billet ainsi que Médrick et Maëlie. Les deux petites n’ont pas le temps de s’ennuyer dans tous les parcours de BMX et de « skate park ». Il reste mon frère qui est inépuisable même s’il descend deux fois plus que nous et qu’il doit manger dans les remontés mécaniques pour ne pas perdre de temps. Le héros de la montagne impressionne mes hommes qui tentent de le suivre à toute allure et jumper toutes les « drops » qu’ils croisent. Il y a même ma grande fille qui arrive à me dépasser. Je me console en me disant que je suis surement la plus lente de la montagne mais aussi la plus vieille et la plus heureuse à suivre sa gang. Je me console en sachant qu’il y a seulement une fille pour 20 gars qui pratiquent la descente.

Le dimanche, on tente de prendre la journée plus relaxe mais nous ne sommes pas très compétents dans ce domaine. Un peu de mécanique pour remettre les vélos en état et c’est reparti pour d’autres aventures dans les sentiers de Squamish…

Lundi…Nous sommes maintenant contaminés par la passion de la descente de mon frère, nous l’informons donc que nous irons encore à Whistler…! Il tente de résister à la tentation mais… se laisse séduire par notre proposition « in descente »! Nous repartons tous affronter les « burm and turn », les « drops », les « step on », les « table top », les « brake bump », les « gaps » et surtout les VRAAATTT dans le magnifique univers de la descente. Je ne suis pas encore certaine si je dois remercier mon frère pour nous avoir convertis à sa passion. Mon homme est maintenant convaincu qu’il lui faut un nouveau vélo vraiment dispendieux et mon fils rêve juste de sauter du stock plus haut, plus vite et plus loin… Je tente de voir le bon côté des choses… Nous avons partagé des journées incroyables et inoubliables avec mon frère. C’est une occasion unique que nous avons eu la chance de coordonner pour passer près de 5 semaines ensembles.

Les enfants ont élargi leurs vocabulaires très instructifs avec la belle présence de leur oncle. Les pets sauces n’ont plus de secret pour eux. Ils ont appris que la nudité est un état naturel même en plein milieu d’un stationnement. Médrick sait maintenant comment se battre et a appris à parler aux femmes. Martin devra rectifier un peu les apprentissages un peu drus de mon frère. Évidemment, la montagne est maintenant leur amie mais surtout… ils ont découvert et apprécié la tri polarité de mon frère. Selon mon analyse, mon frère possède trois caractéristiques qui sont généralement exclusives les unes des autres. D’abord, mon frère est un être sportif qui a besoin d’adrénaline et de sensation forte. Ensuite, c’est aussi un « party animal » qui est capable de faire la fiesta solide. Finalement, et non le moindre, c’est un intellectuel qui performe dans son domaine scientifique. Donc un nerd, sportif sur le party…! Pas étonnant qu’il soit encore à la recherche de la femme idéale qui saura combler tous ses extrêmes… Surtout qu’il les aime beaucoup les femmes!

De notre côté, nous sentons clairement le début de la fin de notre aventure. Comme dirait mon frère, notre retour à la réalité va sûrement être un choc. Nous sommes déjà en train de planifier les projets pour notre retour. Évidemment, beaucoup de jardinage m’attend pour remettre le terrain à mon goût. Martin prévoit profiter que nous habitions dans la roulotte quelques semaines supplémentaires pour faire des travaux dans la maison comme sabler les planchers, repeindre les murs et refaire les moulures. Les enfants rêvent d’avoir chacun leur chambre personnelle après un an à partager le même petit espace ensemble. Sans oublier, les examens scolaires à reprendre à la fin août, les inscriptions pour les loisirs d’automne, les examens pour le secondaire de Maëlie, le début de la maternelle pour Kaïlane et le secondaire pour Médrick, les entrevues pour une nouvelle job à Martin et Lolo qui ne rêve que d’héberger tous les animaux de la planète…! Comme nous prévoyons arriver la veille de ma première journée de travail, nous aurons un horaire plus que chargé dès notre retour… À l’image de nous-mêmes qui cherchons toujours à tout maximiser.

En fait, un des plus grands défis de notre année sabbatique était la gestion de la liberté, principalement celle de notre temps. Avant le départ, nous pensions bénéficier davantage de temps libre. Dans les faits, notre urgence de profiter de chaque journée pour se remplir de souvenirs en famille et surtout à cause de notre personnalité hyperactive, nous amène à constater que notre année fut une explosion de découvertes mais loin d’être relaxante. La différence avec notre vie à St-Hubert, c’est qu’à la maison, le travail, l’école et les obligations remplissent la majorité de nos semaines. Pendant notre année, nous étions les seuls responsables de notre horaire. C’est une grande liberté qui comporte son lot de défis pour plaire à six individus ayant des personnalités différentes, des goûts, des âges, des talents, des désirs personnels… Aménager chaque journée est une tâche complexe et exigeante qui finalement nécessite des habiletés d’adaptation, de flexibilité et de compromis pour tous. À chaque jour, on doit se questionner sur l’activité mais aussi sur l’itinéraire, le pays ou la région, l’endroit pour manger et dormir… Tout est à redéfinir à tous les jours…! Sans négliger la grande responsabilité de scolariser trois enfants dans différents niveaux académiques.

Réaliser notre rêve d’une aventure familiale comportait évidemment plusieurs épreuves à surmonter. C’est un dépassement de soi mais aussi de couple et de parents. Nos olympiques familiales approchent la fin d’une grande étape. Dans sa globalité, nous ressentons un grand sentiment d’accomplissement. Je souhaiterais parfois pouvoir observer le futur et découvrir ce que les enfants en garderont comme héritage et souvenir. Présentement, Médrick devient un grand garçon responsable. Il a développé son entraide familiale, sa témérité sportive et son plaisir de taquiner ses sœurs. Maëlie devient une grande fille mature. Elle a développé son rôle de grande sœur, son endurance physique et son obsession pour la lecture. Loïkim devient une belle jeune fille rayonnante. Elle a développé une meilleure connaissance sur elle-même, un équilibre avec ses grandes qualités ainsi que ses habiletés sociales et sa place dans la famille. Kaïlane devient une grande fille mais elle reste notre bébé. Elle a développé de suivre la vitesse de la famille avec ses cuisses de béton, sa détermination et son enthousiasme. On ne pourrait se passer de la présence de notre petite colleuse!

Il nous reste uniquement deux semaines de planche à voile à Hood River pour s’assurer de ramener Martin rassasié pour quelque temps ainsi qu’une semaine de route vers le Québec. J’aimerais prolonger le temps pour faire durer notre merveilleuse aventure mais comme j’explique aux enfants, il faut que les rêves se terminent pour laisser la place aux suivants. C’est aussi parce qu’ils se terminent que nous pouvons autant les apprécier. Dans notre année de bohème, toujours sur la route à profiter de chaque minute, il y a deux choses profondes que j’ai hâte de retrouver : ma douche et mes assiettes qui n’ont pas un goût de plastique et de savon mal rincé. Évidemment, tout ceux que j’aime et qui nous ont accompagnés à distance…! Merci.

Rio Vista… Région de San Francisco

Après plus de trois belles semaines parfaites de planche à voile (24 journées) sur le bord du lac Isabella… quoi rêver de mieux? Trois autres semaines encore plus parfaites (25 journées) de planche à voile à Sherman Island près de San Francisco! Pourquoi c’est encore plus génial? Le site offre beaucoup de diversités autant pour les activités aquatiques que les activités terrestres.

À notre grande surprise, l’eau était agréablement chaude pour la baignade. Le niveau de compétence en planche de chacun s’étant amélioré, nous étions plus habiles pour gérer les marées, le courant, les vagues et évidemment le vent! Nous avons tout particulièrement apprécié la petite plage de bambou qui nous protégeait du vent tout en profitant du spectacle des planchistes avancés.

En planche à voile, Martin reste évidemment le King de la famille! Tant qu’à Médrick et moi, nous alimentons la rivalité qui stimule nos apprentissages. Ma maturité me permet de garder une avance dans certaines habiletés comme les water start et l’utilisation du harnais. J’ai même sortie une journée de presque tempête avec une petite voile 3.3. J’ai vécu plus d’émotions que mon cœur ne peut supporter. Par contre, sa jeunesse et sa témérité lui permet de pratiquer des figures trop intrépides pour moi comme les clews-first. Il a une bonne endurance et adore la vitesse. Médrick pratique presque tous les jours et cumule parfois près de 6 heures sur l’eau dans sa journée. Tant qu’aux filles, elles préfèrent encore la baignade mais acceptent de pratiquer quelques allers-retours. Maëlie performe lorsqu’il y a des spectateurs pour l’encourager. Loïkim est stimulée lorsque Martin l’accompagne en faisant des singeries pour la faire rire. Tant qu’à Kaïlane, elle accepte le défi en retour d’une récompense sucrée… À chacun sa motivation!

Pour faire différent et tenter l’aventure, Médrick et moi avons fait une descente de rivière en planche à voile une après-midi que le courant était dans la même direction que le vent. Nous avons descendu quelques km pour se faire repêcher par Martin qui nous suivait en pickup. Le stress était d’abord très élevé de se retrouver au centre de la rivière près des barges et des cargos. Après quelques virages, nous avons été en mesure d’apprécier le se laisser planer en descendant le vent à toute allure!

Lors de la journée de la fête des pères, nous avons inscrits les enfants à un cours de planche à l’occasion d’un festival pour les enfants. Cadeau idéal pour mon homme! Toute sa marmaille sur l’eau autour de lui pour célébrer le vent et les papas heureux de la Californie… Les mamans ne se plaignaient pas en observant le beau et célèbre Jason Voss qui partageait sa passion aux jeunes.

Chaque instant des journées est bien occupé. Martin, se lève tôt pour profiter des fortes brises du matin. À son retour, déjeuner et étude pour les enfants. En après-midi, plaisir de planche et de plage pour revenir parfois tard… Mais jamais trop pour permettre à mon homme de retourner se gâter en soirée sur un splendide couché de soleil. Toujours le premier sur l’eau le matin et le dernier à sortir… C’est ça l’urgence de profiter du moment présent!

Finalement, 25 journées presque consécutives de planche… Pas de pause à cause du vent sauf une seule journée… où il était déchainé! Tellement intense que nous avons passé notre journée à secourir une famille qui avait fait naufrage la nuit précédente lors de la tempête. Pour une fois que ce n’est pas nous les téméraires dans le trouble… En fait, la veille, nous avons vu un voilier s’ancrer près de la berge pour profiter d’un après-midi ensoleillé. La petite famille semblait paisible jusqu’en soirée où le vent s’est mis à souffler de façon exceptionnelle. Les prévisions météo annonçaient des vents de 60-80 km/heure. Vers 11 heures du soir, Martin était inquiet pour le voiler mais ne voulait pas trop se mêler des affaires des autres. Malheureusement, le lendemain matin, nous avons appris que le voilier s’était échoué. En offrant notre aide aux équipiers du naufrage sur la plage, nous avons su que les propriétaires du voilier étaient une famille avec un enfant de 3 ans, Jakob. Le père est allemand (Timo) et la mère marocaine (Najlae) enceinte de 7 mois. Avec leur ami Gaël, un montréalais et leur ami Louis, un tunisien, nous collaborions à vider tous les effets personnels du voilier. Nous avons appris que les occupants ont été secourus en pleine nuit. De plus, ils venaient de perdre leur maison puisqu’ils vivaient à bord. La situation étant tellement triste que nous avons décidé rapidement de s’impliquer activement pour les aider. La mère et l’enfant ont passé la journée dans la roulotte pendant que les hommes s’occupaient des travaux sur le voilier. Najlae m’a impressionné par son calme et son positivisme. Mes enfants ont été essoufflés par les besoins moteurs d’un petit garçon de trois ans. Mais nous avons tous été émus de partager les repas de la journée en compagnie de différentes cultures avec des gens chaleureux et très agréables. Nous avons eu le plaisir de les revoir quelques jours plus tard et qu’ils ont des solutions devant eux.

Leur famille est saine et sauve mais la tempête à aussi fait d’autres naufrages que nous n’avons pas été en mesure d’aider. Parmi nos huit petits lézards chassés fièrement au Lac Isabella, nous avons dû faire le malheureux constat que plus de la moitié avaient disparus pendant la nuit de la tempête. Bien que nous offrions beaucoup de nourriture et d’attention à nos colocataires, nous avons aussi fait la triste découverte que les chats du parc se faisaient un plaisir de sauter dans le bac en soirée pour s’amuser avec nos précieux reptiles. En conséquence, il ne nous reste qu’un seul petit spécimen ainsi qu’un gros…! Nous sommes maintenant très vigilants et espérons assurer la survie de nos amis du désert. Les enfants continuent la chasse aux mouches et aux araignées dans les toilettes. Notre dernier espoir c’est que les trois œufs que nous avons eu le plaisir d’observer lors de la ponte pourront éclore en captivité. Nous avons d’ailleurs tous été fascinés par ce spectacle d’accouchement pendant que Martin ne pouvait pas croire qu’on observe avec autant d’intérêt un œuf sortir d’un lézard pendant qu’un vent parfait nous attendait à la plage…

Évidemment, la planche à voile occupe une grande place dans notre horaire mais il reste plusieurs autres plaisir surtout pour les enfants. Le site est très grand alors ils partent tous les jours à l’exploration en construisant de nouveaux sentiers ou de nouvelles cabanes. Ils font des sauts à la perche avec les bambous ou se font des combats d’épées. Ils sautent à la corde à danser, font de la trottinette, du vélo et du patin à roue alignée. Martin installe aussi la slackline sur le terrain. Toutes les activités se passent à l’extérieur…!

Ce qui est différent sur ce site, c’est la proximité entre les roulottes qui entraine un phénomène de communauté et de socialisation. Nous avons créé des liens quotidiens avec de nombreux planchistes. Bob et sa femme sont des hôtes travaillants et accueillants. Évidemment, nos nouveaux amis sont tous des retraités mais comme nous leur disions souvent, nous sommes en pratique de notre retraite… Les enfants aussi les apprécient car ils ont presque tous un chien aussi vieux qu’eux-mêmes donc très calmes. Ces chiens ont tous des rhumatismes, sont lents ou aveugles. Ce ne sont pas des bêtes impressionnantes. Les enfants pratiquent leur anglais en faisant chaque jour leur tournée de « Can I pet your dog ? ». Les fins de semaine, une clientèle de jeunes familles envahit la plage. Les enfants socialisent et se donne des rendez-vous pour la fin de semaine suivante. Les samedis soirs, c’est presque le party dans l’unique rue du terrain de camping!

À quelques jours de notre départ pour rejoindre mon frère en Oregon, nous n’étions pas encore rassasiés de nos aventures sur le site. Grâce à la flexibilité et l’ouverture de mon frère, nous l’avons convaincu de venir nous rejoindre pour quelques jours…

Francis, le héro de la montagne, le sportif intrépide qui n’a peur de rien avait toujours promis de nous épater en quelques heures sur une planche…! L’heure était enfin arrivée de faire ses preuves et d’affronter le vent.

Le premier matin, un petit vent doux accueille mon frère pour lui permettre de découvrir l’humilité, la persévérance et l’autodérision. C’est toujours agréable de voir les premières étapes frustrantes de la planche qui nous amène à faire des culbutes et des vols planés peu glorieux. Mon frère ne manque pas de prof pour lui prodiguer des conseils. Tout à son honneur, il ne manque pas de détermination pour enchainer les débarques. Malgré les faibles résultats sur l’eau, Francis garde le moral et y retourne en après-midi. Alimenté par une confiance de débutant, il part affronter la rivière en sous estimant l’effet du courant. Plus il tente de revenir à la plage, plus il s’en éloigne. Pendant que nous préparons notre équipement pour l’aider, nous envoyons Médrick l’encourager. Après quelques minutes d’observation incrédule, je constate que mon fils ramène glorieusement son parrain accroché derrière sa planche pour lui éviter la marche de la honte…! Comment passer de héro à zéro…? Après quelques journées de pratique, mon frère doit admettre que c’est un sport très technique et difficile. Malheureusement, il n’a pas encore atteint le minimum pour ressentir de l’adrénaline… De mon côté, je dois admettre qu’il a été très déterminé dans ses pratiques et que j’ai eu beaucoup de plaisir à photographier ses pirouettes.

Profitant de la présence de mon frère, nous avons décidé de tenter une aventure de kayak tel que recommandée par des fidèles adeptes de la place. Ce dernier nous prête même l’équipement nécessaire pour partir découvrir les merveilles de l’autre côté de la rivière. Médrick et Maëlie décident de nous accompagner. Nous devons donc affronter le contre-courant, le vent et les vagues pendant près de deux heures avant d’arriver au petit cocotier. Les inventions de kayak sont inefficaces et le paddling (SUP) vraiment impossible à pratiquer. C’est avec les mélodieuses paroles d’encouragement : « Chess… Bras…! » que nous arrivons finalement à destination. La balade de 15 minutes fut jolie mais pas nécessairement à couper la souffle tel que recommandé par notre ami Chuck. Disons que Martin était à quelques minutes de contacter la garde côtière pour organiser un sauvetage après notre quatre heures de ramage qui devait en prendre seulement deux…! Vive l’aventure!

Notre dernière activité dans la région de San Francisco fut la visite de la prison d’Alcatraz avec mon frère et mon fils. Pendant ce temps, Martin découvrait le musée des sciences avec les trois filles. La croisière pour se rendre sur l’île ainsi que la visite de la prison a été stimulante et intéressante. En fait, la description en français dans les écouteurs rend la visite réelle et concrète. Petite soirée agréable dans la ville!

L’étape de planche à voile se termine à Sherman Island mais l’aventure en gang avec mon frère se poursuit dans la région de Bend, OR. C’est pratique d’avoir un éclaireur qui part avant nous pour vérifier le terrain et nous indiquer un camping nature au cœur de la forêt et surtout au centre de multiples sentiers de vélo de montagne. Après avoir installé notre grosse roulotte dans la forêt, il restait à expliquer aux enfants comment utiliser une pelle pour ainsi faire nos besoins de façon hygiénique dans la vraie nature. À notre grande surprise, les deux jeunes avaient mal compris les explications… Elles sont donc revenues avec le tas dans un sac… Selon leur logique, la pelle devait servir à ramasser la crotte après son expulsion pour la ramener au campement… comme les chiens…!

La première soirée commence bien puisque c’est la fête de la St-Jean-Baptiste… Un gros feu, des guimauves et de la musique québécoise… un peu de danse et c’est le party après quelques rigodons…!

Le lendemain, c’est la fête de Maëlie! On fête en grande en parcourant de nombreux sentiers de vélo de montagne. En fait, nous sommes sur un terrain de jeux pour grands enfants sur deux roues. C’est le festival des jumps, des rampes, des bascules et des pump tracks. En soirée, on déguste un bon repas sur le feu de camp et on fait un ravage au gâteau de fête. Une belle fête originale!

Ensuite, on passe quelques journées à explorer la forêt en vélo :

Premier constat, Kaïlane est très motivée à devenir une sportive à part entière. Elle ne veut plus se faire tirer par la girafe. Elle nous impressionne par ses habiletés à gérer les roches, les racines et les virages en tête d’épingle. Ses cuisses de béton l’aide à gravir plusieurs côtes.

Deuxième constat, nous apprenons une nouvelle variante du vélo de montagne. Après le cross-country, souvent très physique et cardio, et la descente trop extrême et coûteuse pour les remontées mécaniques… Il y a le Free Ride, un compromis entre les deux premiers : le plaisir de descendre la montagne sans les efforts pour la monter! Le même plaisir de sauter des rampes sans vider son portefeuille pour acheter des billets. Un seul inconvénient, il faut deux voitures ou le sacrifice d’une personne qui fait la navette pour déposer les sportifs en haut de la montagne et les reprendre en bas…! Avec mon frère, nous avons tous adoré cette nouvelle alternative qui permet aux filles de physiquement suivre et les plus intrépides de « pupper du stock » plus extrêmes.

 

 

 

 

Ensuite, on continue de partager nos sports en compagnie de mon frère. Il faut croire que notre compagnie est endurable et que mes repas sont mangeables… De notre côté, on commence à apprécier son odeur de café le matin et son odeur de sueur en fin de journée. Nous allons donc passer une journée dans la mecque de l’escalade à Smith Rock. Il fait extrêmement chaud mais nous avons la chance que la grimpe la plus fabuleuse du site est libre pour nous, la « five gallon bucket ». Mon frère monte en premier de cordée une difficile 5.9. C’est toujours pratique d’avoir un téméraire-orgueilleux dans notre groupe. Malgré sa première vraie chute, il parvient à installer nos ancrages au sommet pour nous permettre de tous profiter de son audace ou son manque de jugement. Après autant de sueur, la rivière fraîche nous invite à une petite saucette… en bobette!

Nous poursuivons la route pour notre dernier arrêt en gang dans la région du Gorge, le paradis de la planche à voile. C’est le festival du vent pour le week-end alors nous profitons de cours ainsi que d’équipement en démonstration. Tant qu’aux enfants, ils s’amusent dans l’eau et sur des structures qui permettent de faire des sauts périlleux. Ils se font des amis et apprécient leur journée…

Par contre, mon frère risque de devenir fou… Nous campons sur le même site que l’été dernier où nous avions appris à cohabiter avec humour sur le son mélodieux du train qui sifflait aux… 20 minutes, même la nuit! Après deux nuits de désespoir, mon frère part les yeux cernés pour nous dénicher un autre terrain de camping, gratuit au cœur de la nature. Le chemin est intrépide avec la roulotte mais l’emplacement en vaut le déplacement. Du même coup, nous profitons de notre nouveau dada du free ride en montagne. Deux autres belles journées de descentes en vélo en s’alternant le rôle de « shuttle bitch » (la personne qui doit se sacrifier).

En bonus, il y a même un réservoir en haut pour se rafraîchir et se baigner… entre les tritons. Les enfants ne se plaignent pas et adorent leur nouvelle chasse aux invertébrés mous, lents et gluants. D’ailleurs, depuis que nous explorons les plaisirs de camper dans la forêt, les enfants ont développé une nouvelle stratégie pour chasser les insectes servant à nourrir nos lézards. Ils ont commencé à faire leur besoin au même endroit mais ne prennent pas la peine de recouvrir leur matière. De cette façon, ils reviennent quelques heures plus tard avec un filet rempli de mouches… Sauf Loïkim qui est moins habile et revient avec les sandales beurrées… Vive les plaisirs de la nature.

Deux semaines efficaces avec les deux meilleurs sites de planche, de vélo et d’escalade et une agréable compagnie!

Nous poursuivons ensuite quelques journées de planche et une journée de fiesta et de feu d’artifice pour la fête des Américains.

Nous allons aussi visiter et apprendre sur le spectaculaire Mont St-Helen. Ce fut une journée instructive et très agréable avant de revenir au Canada pour s’assurer de la stabilité du rein de Maëlie. Les nouvelles sont bonnes puisque son rein reste stable malgré sa dégradation. Les médecins sont confiants qu’une opération pourra sûrement attendre notre retour à Montréal.