Le retour à la réalité

 

Après une dernière belle journée de planche en famille, il faut vraiment accepter la réalité. L’heure du retour est sonnée. Nous embarquons une dernière fois tous nos équipements dans la roulotte, disons nos derniers aux revoir et amorçons notre 50 heures de route en direction de notre maison…! Est-ce que nous prenons conscience que c’est la fin? Sûrement pas! Par contre, nous sommes tous déterminés à rouler le maximum d’heures par jour pour éviter de prolonger la longue transition du retour. Pour la première fois en un an, j’assouplis mes exigences éducatives. J’accepte que l’écran occupe la totalité du temps de route, enfin presque! Les enfants accueillent cette nouvelle avec grand plaisir. Après le visionnement d’une quinzaine de films en cinq jours consécutifs, nous sentons l’air québécois nous souhaiter la bienvenue. L’excitation est à son maximum! Nous arrivons en début de soirée… Les voisins ont sûrement cru à un attentat en entendant tout le vacarme des enfants qui se débattaient pour avoir l’honneur d’être les premiers à remettre le pied dans notre maison. J’étire la tension en exigeant que nous fassions d’abord le tour de l’extérieur de la maison… pour me donner le temps de retrouver nos clés…! En arrivant finalement à l’intérieur, c’est du délire. Chacun retrouvent sa chambre, ses objets, son espace. Je trouve la maison terriblement grande et propre. Merci aux français qui ont préservé notre demeure dans un état impeccable. Ils sont d’ailleurs les premiers à qui je consacre quelques secondes pour les remercier par courriel.

 

J’étais loin de me douter que ce petit geste de remerciement allait me faire vivre mon premier choc culturel à mon retour. Moins de 48 heures plus tard, après la visite de ma belle-mère le matin et la présence bienvenue de ma mère pour le souper, c’est la visite de nos français qui nous surprend. Une surprise qui s’invite pour le souper et la veillée. Nous en sommes estomaqués… Des gens très gentils mais définitivement plus envahissant qu’un asiatique.

 

Après à peine trois jours pour retrouver notre équilibre, je suis déjà de retour au travail. Martin qui s’attendait à plus de temps pour organiser la maison est aussi attendu la semaine suivante. Nous avons l’impression de participer à un marathon sans avoir pris le temps de s’entraîner. En fait un triathlon serait plus exact considérant que nous devons performer autant au travail, dans l’organisation de la rentrée scolaire ainsi que l’aménagement de notre quotidien à la maison.

 

Heureusement que nous sommes tous les deux dans nos mêmes emplois. Ce qui facilité le défi et l’intégration. Par contre, nous devons rattraper notre année d’absence et faire nos preuves sur nos compétences.

 

De mon côté, j’ai une énorme pression au niveau scolaire. Je suis insécurisée sur le niveau académique transmis aux enfants bien que je sois consciente d’avoir maintenu un niveau de rigueur jusqu’à la fin. De plus, je dois voir aux nombreuses inscriptions des parascolaires, des rendez-vous médicaux, des effets scolaires et la liste est longue pour s’assurer que mes 4 trésors vivront un retour en douceur… Dans un élan d’inconscience, j’ai aussi proposé à ma belle-mère de recevoir toute sa grande famille du Témiscamingue pour la longue fin de semaine suivante. Moi qui apprécie normalement recevoir, je me sens en peu débordée par l’organisation de la réception, des jeux, des dodos et de la bouffe pour tout le week-end. Je suis contente du résultat mais épuisée par la quantité de responsabilités que je dois assumer depuis notre retour.

 

Pour Martin, c’est la gestion des caisses de papiers qui se sont accumulés durant la dernière année. Beaucoup de décisions à prendre pour nos finances ainsi que celle de son père. De plus, l’homme de la maison prend soin du nid familiale et doit voir à l’entretien qui doit se faire après un an d’absence. À cela s’ajoute le projet d’offrir à nos deux grands une chambre personnelle au sous-sol. Nous avons donc beaucoup de réorganisation à faire, un grenier à construire, un atelier à diviser et des plans à gérer.

 

Pour les enfants, les défis sont aussi nombreux. Médrick doit découvrir et s’adapter à la vie du secondaire. Maëlie doit se retrouver une place dans sa gang de filles et passer ses fins de semaine en examen pour choisir son école secondaire. Loïkim doit se faire confiance dans un enseignement en grand groupe et vaincre les monstres et les cauchemars qui sont beaucoup plus grands dans une grande maison. Kaïlane doit se séparer de sa mère et affronter le monde de la maternelle.

 

Pendant cette tornade de responsabilités, nous essayons de prendre du temps pour voir ceux qui nous ont manqués. Malheureusement, nous sommes aussi confrontés à des changements qui nous affectent directement dans notre environnement. Certains couples proches et moins proches semblent affronter des défis et veulent redéfinir leur choix de vie et de couple. Nous sommes inévitablement éclaboussés par ces réflexions lourdes de conséquences et d’émotions.

 

OUFF!!! C’est un mois de septembre intense où nous n’avons même pas le temps de réaliser que notre aventure est terminée. Je panique et je me cherche des points de repères dans cet océan agité que représente notre retour. J’investis du temps pour exposer nos souvenirs de vacances en espérant que leurs présences seront apaisantes dans la maison. Heureusement que les enfants grandissent. Un dimanche soir pluvieux, Martin et moi prenons une décision importante de s’imposer un arrêt. Quelques heures au restaurant pour repartir dans le même train du quotidien et s’assurer qu’on prend la même direction. Les enfants nous font le merveilleux cadeau de passer une belle soirée et de prendre soin les uns des autres.

 

 

Nous sommes la veille de l’Halloween. Déjà deux mois que nous cherchons un équilibre et un sens à notre retour. Nous commençons à récolter et surtout prendre conscience de certains impacts de notre projet.

 

Médrick semble vraiment heureux au secondaire. Il est ouvert et motivé par ses apprentissages. Il est responsable et autonome pour ses travaux. On le sens en confiance de partir en voyage trois jours avec sa classe. Il s’investit dans son piano, son soccer, la musique et même son bénévolat. Il semble avoir développé le plaisir de l’effort et le goût de rendre service.

 

Maëlie est épanouit dans son corps. Elle rayonne et devient une belle jeune fille. Elle prend une belle place dans son groupe d’amies et semble mature dans ses décisions. En classe, elle démontre de l’ouverture et une motivation plus large. Elle a développé la passion de la lecture, du sport et de la natation. Elle est surprise de ses bons résultats pour ses examens du secondaire et elle prend conscience de tout son potentiel. Elle développe ses responsabilités à la maison et travail son rôle de grande sœur.

 

Loïkim explose au niveau de sa créativité. Elle possède une richesse colorée dans sa tête qui s’exprime en classe par son implication et son investissement. Les projets sont une source de dynamisme dans son quotidien. Elle prend de plus en plus confiance dans ses capacités et reconnaît ses forces et ses différences. Elle prend une belle place dans la famille et illumine notre aventure familiale.

 

Kaïlane est notre petit minou exceptionnel. Elle a relevé le grand défi de la maternelle comme une championne. Elle prend sa place avec les amies et elle s’implique dans les apprentissages. De plus, elle s’est démarqué par sa confiance et sa volonté à se présenter au conseil étudiant. Elle réalise un discours devant toute l’école avec assurance. Son charme et sa détermination l’amène à remporter ses élections.

 

Pour Martin, il poursuit son rôle d’homme en s’assurant que le nid familial est bien douillet et que chacun aie son espace pour évoluer. Comme c’est un être passionné, les rénovations occupent tout son temps et toutes ses pensées. Même la planche à voile semble passer en deuxième. Par contre, son autre rôle d’homme pourvoyeur de la famille vient déstabiliser ses projets. Il devra passer une partie de l’automne en Suisse pour relever un défi professionnel important. Après une année de symbiose, deux mois de tempête d’adaptation, nous sommes à l’étape d’apprendre à former une équipe complice sur deux continents différents.

 

De mon côté, je garde mon rôle du maintient de l’équilibre affectif dans la famille. Je réfléchis beaucoup et je m’assure que chacun des membres de la famille progresse et s’accomplisse. Il me reste donc un gros morceau à gérer et c’est moi-même la bonne femme de quarante ans.

 

Tout le monde me demande si le retour est difficile. J’arrive maintenant à réaliser que ce n’est pas le retour dans notre quotidien qui est un défi puisque nous retournons dans ce que nous étions heureux… C’est la fin trop abrupte de notre projet familiale qui est un deuil. J’ai le désir de communiquer notre expérience pour le rendre vivant. Par contre, je ne ressens pas le besoin de raconter notre voyage, j’ai le désir de partager notre expérience vécue. J’ai déjà relaté dans notre blogue les aventures de notre quotidien. Maintenant, je souhaiterais exprimer les défis, les obstacles, les découvertes, les rapprochements, les déchirements qu’une telle aventure procure aux membres d’une famille. J’aimerais que notre expérience puisse être utile pour faire réfléchir ou donner le goût à d’autres projets de naître chez d’autres personnes. Je pense que notre aventure fut intense à différents niveaux autant pour notre couple, comme parents, au niveau médical, culturellement ou même affectif.

 

Je ne suis pas une bonne vendeuse de moi-même mais je fais un effort pour semer des graines en espérant que quelques unes pourront émerger. Autant à Ste-Justine, qu’à l’école ou dans les médias, je rêve d’une suite à notre projet familial…!

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5 réponses à “Le retour à la réalité

  1. Sympa de faire une petite synthèse sur « l’après aventure » ou l’impact qu’a eu votre belle aventure sur votre vie actuelle. Merci de partager avec nous toutes ces belles choses positives.
    A bientôt
    Chahneze

  2. Toujours aussi touchante la soeur, j’en ai les larmes aux yeux!!! Vous me manquez!!!! C’est drôle comment nous avons été si proche durant des semaines à l’autre bout du continent et maintenant si loin en terre québécoise!!!!

  3. Bonjour Jolène,
    Je n’avais pas eu (pris) le temps de lire ton blog du début novembre… Très touchant! Très vrai! Et à quelque part, pas très surprenant ce que vous vivez après une telle épopée! Pas toujours facile de trouver le nouveau point d’équilibre… Probablement que le temps fait partie de la solution. Mais aussi, en temps et lieu, tu trouveras d’autres projets (petits ou grands) qui te permettront de continuer de te réaliser pleinement (et l’énergie nécessaire pour les entreprendre…).
    Merci encore de nous avoir si bien reçu chez vous en septembre et de nous avoir ainsi permis de revoir une grande partie de la famille Bélanger. À bientôt! Joyeuses Fêtes à toi et à toute ta belle petite famille! Gaëtan XXX

  4. Bonjour, comme nous en sommes rendus à la location de notre maison, nous nous demandions si vous auriez la gentillesse de nous faire partager les sites que vous avez utilisés pour louer la votre. Merci!

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