La Thaïlande II – L’hôpital

En soirée, c’est le grand départ pour une nuit sur le traversier… Ouff! Nous sommes généralement acclimatés au niveau de vie très différent en Asie. Par contre, il y a des moments où c’est plus intense à supporter. Dormir en rang d’oignons avec une distance de seulement un pied entre chaque individu dans la cale d’un bateau entre la chaleur, les coquerelles, les rats et le mal de mer… C’est toute une expérience. Surtout que dans le but d’économiser 15$, nous n’avons pas réservé de place pour Kaïlane. Si nous faisons le calcul, nous disposons donc de 5 pieds de large par 6 pieds de long pour coucher toute notre famille avec nos bagages et Martin qui excède à lui seul les limites d’espace d’une personne. Les enfants qui sont généralement flexibles dans les transports ont eux même atteint leur limite. Le pire reste tout de même à venir… Surtout pour Martin… À 1h00 de matin, les douleurs aigües au ventre reviennent dans ces circonstances déjà extrêmes! Il décide de s’étendre sur le pont accompagné par la pluie, ses crampes et ses vomissements. J’oserais comparer la situation au « Boat people » du Vietnam! Lorsque nous arrivons sur la terre ferme à 5h00 du matin, nous partons directement vers l’urgence de l’hôpital. Les douleurs sont intenses, très intenses. Les médicaments n’arrivent pas à les contrôler. C’est seulement après quelques heures de torture et une dose de morphine que Martin arrive à s’assoupir.

Au matin, une échographie confirme la présence de pierres au rein. Le médecin recommande une hospitalisation pour contrôler la douleur et d’autres tests qui pourront confirmer la grosseur des pierres et les traitements souhaitables. Nous nous installons donc toute la famille dans une petite chambre d’hôpital pour soutenir Martin ou plutôt le tenir occupé car il n’a plus de douleur. S’enfermer à 6 dans une petite pièce pendant plusieurs jours, c’est sûrement la plus grande épreuve de patience et de tolérance que nous aurons à vivre.

Notre livre de voyage nous indique que la ville de notre hôpital est dépourvue de tout attrait touristique… Moi qui souhaitais occuper les enfants pendant la journée. Il reste la possibilité de faire des devoirs le matin dans un corridor sans table avec une grande circulation de gens. Idéal pour la concentration! Ensuite, les enfants apprécient leur sortie au dépanneur du coin (Seven Eleven), pour acheter eux même leur déjeuner et leur dîner. Généralement, il respecte les recommandations du guide alimentaire soit gâteau pour déjeuner et nouilles Gatuzo pour dîner… Avec petit spécial bonbon! Ils sont fiers de gérer leur budget en gang et de se débrouiller seuls pour leur commission. Finalement, il reste la possibilité d’écouter des films ou de lire. Martin est presqu’exaspéré par nos achats sans fin chez Renaud-Bray. Nous devrions acheter des parts dans la compagnie! J’ai même réussi à lire un roman en entier dans une seule journée… La même chose pour les grands!

Il semble que notre organisateur de voyage a visé haut pour nous offrir une belle fin d’année 2012 inoubliable…

De plus, tant qu’à être dans l’ambiance des pilules et de la douleur, j’ai réalisé que depuis trois jours j’endurais une plaie sous mon pied qui me faisait souffrir. C’est une infirmière qui a remarqué que je boitais de plus en plus et qui m’a suggéré d’aller consulter. Je ne voulais pas faire compétition avec mon homme qui doit avaler une vingtaine de pilules par jour mais je dois toute de même gérer une infection avancée sous mon pied. Je dois prendre des antibiotiques pour éviter la chirurgie. C’est un souvenir d’une coupure de coraux mal nettoyée qui était sous mon pied.

Finalement, nous avons plusieurs épreuves à surmonter depuis quelques jours. D’abord les pierres au rein de Martin engendrent de nouvelles inquiétudes puisque son rein était le premier sur la liste pour la future greffe de Maëlie. Notre médecin de Ste-Justine, toujours aussi géniale et efficace, nous confirme que Martin ne sera malheureusement plus un donneur potentiel. Ensuite, occuper les enfants dans un environnement aussi restreint et contraignant… en gardant la patience et la créativité est vraiment exigeant… Mais nous gardons toujours le moral! Finalement, la communication est un réel obstacle. Presque personne dans l’hôpital n’arrive à parler en anglais. Les médecins expriment quelques mots mais sont très limités pour comprendre et répondre à nos questions. C’est parfois frustrant! Je vous laisse deviner ce que les enfants miment lorsque nous avons besoin de papier de toilette. Les gens sont tous très gentils et compréhensifs… considérant notre étrange situation. Il n’y a pas de touristes dans la ville. Martin vient de s’initier à un logiciel de traduction pour facilité nos échanges…

Petite anecdote de « La petite vie » : Steak, brocoli, patate! Le repas d’hôpital que Martin vient de manger semble plaire aux enfants (Le poulet servi avec brocoli et frites) … Alors comme la veille avec le bon riz frit, nous demandons encore une fois d’avoir quatre assiettes de surplus pour nourrir mes petits mousses! Les infirmières nous sourient et passent la commande. Lorsque les assiettes arrivent, les enfants constatent qu’elles contiennent uniquement le poulet… Alors ils le mangent pendant que je retourne demander d’avoir la même assiette que mon conjoint (« same-same »), avec tous les légumes brocoli et patates. Une demi-heure plus tard, les infirmières sont heureuses de nous apporter une grande assiette de brocoli. C’est super mais les enfants rêvaient plutôt des patates. Alors ils mangent pendant que je retourne pour demander les patates… comme mon conjoint avait! Tout le monde se sourit. Après une autre demi-heure arrive le troisième item de l’assiette tant attendu… les enfants savourent une grande assiette rempli de… tomates! Nouvelle recette : poulet, brocoli, tomates (au lieu de patates). Les enfants ont bien ri et je n’ai pas osé retourner une quatrième fois de peur de ce que j’allais recevoir pour manger. Vive les échanges culturels sans se comprendre!

Les conditions médicales ne sont pas inquiétantes mais nous pouvons toute de même ressentir que nous sommes loin de chez nous… Surtout lorsqu’un chien pénètre librement dans l’hôpital et accède à notre quatrième étage sans aucune restriction… Les enfants ne s’en plaignaient pas mais Martin refuse de partager sa chambre avec ce canin errant!

Nous sommes déjà dans notre cinquième journée enfermés dans une chambre d’hôpital. Martin devait être transféré aujourd’hui pour son opération dans un hôpital à 3 km… Mais nos assurances que nous avons contactées dès le début viennent de réaliser qu’un peu de support médical pourrait nous être utile considérant le défi que représente notre situation. Ils ont osé affirmer qu’ils ne pouvaient pas deviner que nous étions inquiets… Je me retiens pour ne pas exprimer ma colère en leur précisant que nous ne sommes pas de nature très stressée et que présentement, nous sommes plutôt frustrés de leur absence. J’aimerais bien la voir sur mon traversier avec coquerelles, enfants et douleurs pour nous dire d’un ton condescendant que nous sommes stressés. Le problème, ce n’est pas mon stresse, c’est l’absence d’opinion médical occidental depuis une semaine. Ce qui est certain c’est que le médecin de Maëlie a su répondre à nos questionnements en moins de quelques heures pendant ses vacances du nouvel an. Nous ne pouvons pas en dire autant de nos assurances… Les 4 premiers jours, ils nous demandaient seulement dans combien de temps que nous allions sortir…

À une heure de l’opération de Martin, les assurances décident finalement de nous organiser un transfert à Bangkok car ils disent que le service et la langue sera mieux pour nous. Un gros merci de votre implication aussi rapide. Ils font alors affaire avec une compagnie d’assurance Thailandaise pour gérer le transfert. Ils nous ont demandé d’être patient car la vitesse des Thaï n’est peut-être pas la même qu’au Québec… Martin a répondu avec sarcasme que ce n’est pas clair lequel des deux cultures qui est moins rapide! Surtout que les Thaï ont prit soin de toute notre famille depuis une semaine, avec respect et compréhension. Je suis peut-être un peu pompée… mais c’est thérapeutique de l’écrire! D’ailleurs, en parlant de thérapie pour soulager le stress et les douleurs dans une chambre d’hôpital en famille, nous ne manquons pas d’imagination. Même à 2h00 du matin, sur le plancher, entre les fourmis et surtout en se synchronisant entre les visites des infirmières pour les petites pilules et la pression de mon homme. Moi aussi je peux faire baisser sa pression! Vlan dans les dents, les assurances! Visiter l’Asie, ça développe de la tolérance à la proximité peu importe la nature de l’être vivant : humains, enfants, insectes, rongeurs et la capacité de s’adapter à toutes les situations pour savoir saisir et profiter de chaque instant.

En tout cas, Martin n’a plus de douleur et nous attendons le transfert… Et nous allons attendre longtemps… Depuis 9h00 le matin ils nous disent que leur contact en Asie devrait s’occuper de tout d’ici une heure et nous rejoindre… A chaque heure, c’est le même disque qui tourne… C’est le temps des fêtes alors l’organisation semble plus compliquée. Nous tentons d’être patients. Nous sommes tellement le genre à apprécier se faire organiser!

Sur l’heure du dîner, nous commençons à douter que les solutions vont arriver avant la soirée alors nous les informons de notre « caprice » qui nécessitera une toilette pour le traitement de Maëlie en soirée. Puis, comme Martin doute que leur solution soit viable pour notre famille, il vérifie et constate que ce n’est pas 5 heures de route mais plutôt 12 heures de route avec les enfants pour se rendre à Bangkok donc arriver tard dans la nuit. Ouff! L’option avion devient donc une nécessité. On continue d’attendre leur super solution… Ils ne trouvent pas de place pour nous tous dans le même avion. Nous devrons nous séparer. C’est vraiment génial. Je suppose que je devrai partir une heure ou deux plus tard. Et bien devinez… Il y a de la place dans 3 jours! Sinon, je peux rouler 5 heures pour prendre un avion le lendemain matin à partir d’une autre ville. Quelle joie! Je trouve leur solution complètement aberrante considérant la situation déjà extrême que nous vivons depuis 6 jours. Mais je capitule car je ne veux pas retarder le départ et l’opération qui a déjà assez attendue. Je suis donc dans un état plus stressé d’envisager que Martin doit partir avec Maëlie et Loïkim dans un avion ambulance pendant que moi je dois quitter en taxi avec les deux autres à 21h00. Je stresse sur mes capacités de contacter Martin avec un wi-fi dans l’hôtel et lui à l’hôpital. Je ne suis pas doué pour la techno, ce n’est pas un secret!

Le summum du ridicule arrive lorsque les assurances nous informent qu’ils ont même organisé l’opération dès l’arrivée de Martin. Je n’en crois pas mes oreilles. Bravo et rebravo! C’est maintenant qu’ils se décident à être efficace. Martin sur la table d’opération pendant que je suis à quelque part dans le sud de la Thaïlande avec l’impossibilité de communiquer en cas de pépin… Avec évidemment deux enfants qui attendent leur papa gentiment dans la chambre pendant que ce dernier est sous anesthésie. Quelle ingéniosité! Lorsque j’explose de colère, ils tentent de me rassurer en me certifiant que je pourrais les rejoindre pour avoir des nouvelles… C’est sûr que ça me tente de rejoindre mes amies assurances pas efficaces avec idées si géniales… dans le taxi ou dans l’avion? Ce n’est pas clair votre solution ridicule. Il est hors de question que mon homme se fasse opérer avant que je sois arrivée à l’hôpital pour gérer les décisions et m’occuper de mes enfants. Déjà être séparée pendant 15 heures, je ne trouvais pas fort, mais là c’est complètement exagéré!

Heureusement que dans leur super avion il y avait un médecin et une infirmière pour veiller sur Martin qui n’a plus de douleur depuis deux jours. Loïkim a bien apprécié le confort de la civière dans l’ambulance… Ils auraient dû prévoir aussi une gardienne thaï si les douleurs revenaient subitement… C’est super d’investir autant d’argent pour transporter une seule moitié de la famille. S’il y avait eu moins de personnel médical inutile, nous aurions tous pu embarquer! Martin a apprécié faire la visite du super hôpital de luxe à 2h00 du matin avec les filles endormies et refaire tous les tests RX, prise de sang, pipi et autres car les informations de l’autre hôpital n’ont pas suivi… Bonne nuit!

Pendant ce temps, je roulais avec mes deux amours vers le sud en direction d’Hat Yai. Médrick, cartésien comme son père, cherchait à comprendre la logique de notre itinéraire… Pourquoi perdre 5 heures vers le sud si on doit aller 12 heures au nord…? Par contre, Médrick a réfléchi moins longtemps à la logique de pénétrer dans notre premier hôtel avec étoiles. Je pense que le hall devait être plus spacieux qu’un terrain de football. Médrick a mieux digéré sa déception de ne pas voyager dans l’avion ambulance en s’endormant seul dans le lit king…!

De mon côté, j’avais la première préoccupation d’arriver à contacter Martin… Après quelques essais, j’arrive à envoyer un courriel… En attendant sa réponse, je peux prendre du temps pour ma deuxième préoccupation. Depuis que je prends des antibiotiques pour mon infection au pied, je ressens une douleur et un brûlement de plus en plus aigu entre mes jambes. Je n’ai pas pris le temps de gérer cette situation qui empire depuis trois jours. Je suis rendue avec un foyer d’incendie dans mon intimité. J’ose regarder l’état de la situation dans un miroir… Je vous exempte la description d’horreur qui m’a donné des cauchemars toute la nuit.

Entre temps, mon homme arrive à me rejoindre… Il semble lui aussi en feu… mais de colère… contre notre compagnie d’assurance. C’est à son tour de se sentir insulté. Ils ont envoyé un message pour résumer la situation avec un ton presque condescendant, évidemment sans aucune empathie. Ils nous informent donc que je devrai me trouver un hôtel de mon choix pour y habiter avec les enfants pendant l’hospitalisation et assumer les frais de taxi pour les aller et retour puisque nous sommes un type de voyageur non couvert… Nous sommes seulement des « back packer »… Donc comme nous voyageons sans réservation ils n’ont pas à couvrir nos frais. On croirait entendre une comparaison avec des sans abris… C’est mignon…! Martin est hors de lui et les informe que de toute façon nous allons tous dormir dans la chambre d’hôpital qui est plus grande que tous les hôtels que nous avons l’habitude de dormir…Les Thaïlandais sont accueillants, empathiques et chaleureux dans leurs hôpitaux… De toute façon, mes enfants adorent dormir avec les fourmis sur le plancher!

Petite nuit pour tous et on se retrouve finalement réuni en famille le lendemain vers 11h00. Bref bonjour et résumé des derniers développements car je dois courir aux urgences pour confirmer que mes antibio ont déséquilibré mon « P.H. » … Alors autre antibio et petite crème pour guérir les effets secondaires de mes premiers antibio… Bon plan!

Ensuite, la journée passe vite entre les derniers tests médicaux pour Martin et son opération pour finalement faire éclater ses deux pierres à l’aide d’ondes de choc. C’est un succès. Martin revient en fin de soirée un peu amorti sous l’effet des anesthésiants mais nous sommes enfin soulagé que l’heure de notre sortie approche. Nous fêtons l’événement avec un gâteau au chocolat!

Nous avons finalement notre congé de l’hôpital après une semaine complète de vacance tout inclus et organisé dans deux hôpitaux de la Thaïlande. Martin doit reprendre le contrôle de la planification du voyage. Au programme, chercher un moyen de transport, un hôtel et des activités intéressantes pour notre dernière étape vers le nord du pays. Au bilan, nous repartons avec en tout 14 pilules par jour à ingurgiter dans notre famille… Deux pour Maëlie, cinq pour moi et sept pour Martin. Nous faisons vivre l’industrie pharmaceutique pour les prochains jours. On croirait des petits vieux qui gèrent leurs petites pilules quotidiennes. Martin gardera tout de même un beau souvenir des nombreuses infirmières Thaï autour de lui pour l’aider à se déshabiller et le soutenir à la toilette… De mon côté, c’est surtout un souvenir de l’apparition de nombreux cheveux blancs que je conserverai… Les enfants nous on informé qu’ils retenaient l’importance de ne pas être chochotte dans la vie pour s’adapter en acceptant la présence régulière d’individus dans notre bulle… Autant celle de notre famille que celle des étrangers ou celle animalière… C’est ça visiter l’Asie!

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Une réponse à “La Thaïlande II – L’hôpital

  1. Pas faciles les coliques néphrétiques, je connais ça. Martin, tu as été chanceux qu’ils puissent eclater tes calculs, ici ils n’ont pas pu eclater les miens.
    Jolène, tu n’as fait lire la fin de l’histoire en postant la partie 3 en premier, mais le suspens et toujours là. Tu as une plume magnifique, on ne se lasse pas de te lire.
    Bonne continuation.
    Chahneze

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